Critique de Watchmen, adaptée pour la télévision par Damon Lindelof, produite par HBO. Critique sans spoiler par Vin’s.

Quand HBO a annoncé travailler sur Watchmen pour une adaptation, on pouvait logiquement être impatient de voir le résultat. Cette adaptation de Watchmen était donc attendue comme la plus grosse sortie de l’année 2019, et dire qu’elle ne déçoit pas est déjà un doux euphémisme. En seulement neuf épisodes, Damon Lindelof fait très, très fort. Intelligente, la série est d’une finesse rare dans son écriture, avec des dialogues savoureux, des personnages complexes et une histoire riche qui se révèle être parfaite en suite du comics de 1984. Car oui, c’est bel et bien une suite.

Après avoir « sauvé » le monde, Ozymandias a disparu. Le Dr Manhattan vit sur Mars et Silk Spectre est devenue agent du FBI. Nous sommes en 2019 et les « super-héros » sont toujours hors-la-loi. Cependant, à Tulsa en Oklahoma, les choses sont différentes. Au cours de ce qui est appelé « La Nuit Blanche », des dizaines de policiers et leurs familles ont été abattus par un groupe de suprémacistes qui se nomme la 7e Cavalerie, dérivé du Ku Klux Klan. Depuis, les forces de l’ordre portent des masques et des « Vigilentes » leur prêtent main forte. Sous l’impulsion du Chef de la police Judd et de la combattante du crime Sister Night, ils vont se lancer dans une vaste traque pour arrêter ces terroristes qui se cachent sous des masques de Rorschach…

On retrouve donc cet univers alternatif si particulier 35 ans plus tard, alors que la paix gagnée au prix de l’immense sacrifice de 3 millions de personnes, n’est qu’une façade. Aujourd’hui la guerre froide n’est plus, certes. Pourtant, un mal plus profond et ancien règne, ancré dans l’histoire même de l’Amérique. Le monde doit encore une fois être sauvé d’un ennemi bien connu. La nature humaine étant ce qu’elle est, la haine se propage et est transmise de génération en génération. Le propos est intelligent et est parfait dans l’univers éloigné mais pourtant si proche de Watchmen, qui plus est avec l’Amérique de Trump.

Regarder Watchmen par HBO, c’est en premier ne pas être vraiment sûr de ce qu’on regarde. Ce sentiment vient vite laisser place à une une fascination devant cette série un peu folle. Les 3 premiers épisodes sont compliqués, on s’ennuie un peu, et puis on ne comprend pas vraiment, mais on a envie de savoir. Bon nombre de spectateurs seront perdus devant un début trop élitiste, et qui ne prends véritablement sens qu’à partir de 3-4 épisodes, quand les choses s’assemblent. C’est le plus grand défaut de la nouvelle série créée par Damon Lindelof. Néanmoins, une fois les premiers épisodes engloutis et l’univers mis en place, c’est une avalanche d’épisodes tous plus réussis les uns que les autres, aux effets stylistiques et à la narration incroyable d’efficacité qui s’étale devant vos yeux ébahis. La série comporte d’ailleurs probablement les meilleurs épisodes de série de l’année avec le 5e, le 6e et le 8e épisode. On reste scotché, bouche bée devant tant de maestria. Vous serez surpris par son scénario, par les révélations ou la structure même du show, impossible à résumer en quelques mots.

Difficile d’accès, tant dans son univers que par sa construction, la série n’est pas simple. Multipliant les timelines, les points de vue et les genres, elle n’est pas accessible à tout le monde, surtout au grand public. Mais quelle récompense une fois dedans mes aïeux ! Pour en saisir l’entièreté, ou simplement comprendre de quoi on parle, je ne serai trop vous conseiller de voir ou revoir le film de Snyder, déjà très bon. Ce visionnage vous placera le contexte de cet œuvre massive, à l’intrigue riche et complexe. Le mieux étant d’avoir lu le roman graphique. Car si jamais vous n’êtes pas familier de l’univers Watchmen, vous allez être complètement largués. Entre les références au comic book et au passé de chaque personnage principal, sans compter les événements importants qui s’y sont déroulés, la série n’est absolument pas didactique. Courage ! Nourrissez-vous de l’œuvre, vous serez largement récompensés.

Un petit mot sur le casting 5 étoiles, car tous les personnages sont interprétés avec brio. Voir Jeremy Irons en vieux Adrian Veidt blasé et Jean Smart en Silk Spectre désabusée est merveilleux tant leurs personnages et leurs interprétations sont géniales. Regina King est parfaite pour la profondeur de l’aventure de Sister Night, Don Johnson en chef Judd est juste, Tim Blake Nelson en Looking Glass fascinant et Yahya Abdul-Mateen II accompagne brillamment le tout. Un régal de bout en bout.

Damon Lindelof a parfaitement su capter l’esprit de l’œuvre d’Alan Moore et Dave Gibbons, tout en proposant une véritable adaptation avec cette nouvelle lecture à l’aune de notre temps. Le showrunner a fait des merveilles, et nous démontre qu’il est un vrai génie après Lost et The Leftovers. La série de HBO est en plus marquée par une réalisation en béton armé, d’une beauté rare, aux plans et au montage précis et à la photographie impeccable. Fabriquée comme une lettre d’amour à l’œuvre d’origine, sombre, drôle, riche, profonde et décapante, Watchmen est une série culte, un véritable bijou, un chef-d’œuvre de la télévision contemporaine.

Watchmen

Kult
9

Vins

9.0/10

On a aimé

  • L'écriture et le scénario
  • La réalisation et le montage
  • Les épisodes 5, 6 et 8
  • Les acteurs et le mélange des genres
  • Les personnages, nouveaux comme anciens

On a moins aimé

  • Pas didactique pour un sou
  • Certains effets spéciaux un peu râtés
  • Nécessite absolument de connaître l'oeuvre d'origine

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