Critique de The Witcher, sortie sur Netflix le 20 décembre 2019. Adaptée pour la télévision et créée par Lauren Schmidt Hissrich. Critique sans spoiler par Lear.

La célèbre saga littéraire du Sorceleur écrite par Andrzej Sapkowski fête sa 29ème années (rien que ça), et on peut dire qu’elle a connue de nombreux rebondissements dans sa vie : en effet, pendant les 10 tomes qui s’étendent de 1990 à 2013, la saga est adaptée en film (2001), puis en série de 13 épisodes l’année suivante. Ni l’un ni l’autre ne fonctionnera. The Witcher sera alors adapté en une trilogie de jeux-vidéo, mené de main de maître par CDProjekt, et il faudra attendre 2015 et le succès international de The Witcher 3 pour que le lointain projet d’une nouvelle adaptation refasse surface.

Après 3 longues années de gestation, en 2018, c’est Lauren Schmidt Hissrich qui est choisie pour devenir la showrunneuse de la série The Witcher, chapeautée par Netflix. Elle décide, après maintes discussions avec son équipe, d’adapter non pas la trilogie de jeux-vidéo mais la saga littéraire. C’est donc le 20 décembre 2019, après une dernière bande-annonce épique, que les 8 épisodes des aventures de Geralt, Yennefer et Ciri ont commencées !

Synopsis : C’est l’histoire du destin entrelacé de trois individus dans le vaste monde du Continent. Humains, elfes, mages, monstres et autres créatures luttent et se battent pour survivre et prospérer. Mais où se situe la frontière entre le bien et le mal dans un monde si violent ?

De magie et de chaos

Visuellement, la série est vraiment réussie. Le budget est bien présent et utilisé sur cet aspect et on nous offre des panoramas absolument somptueux, des décors travaillés jusqu’au moindre petit détail. Mais est-ce vraiment ce qu’on cherche quand on regarde l’adaptation d’un univers médiéval cruel, cynique et viscéral ? Et oui, à vouloir trop nous en mettre plein les yeux, on perd une essence de ce qui fait The Witcher et on se retrouve parfois avec cette sensation d’être dans un univers qui a été aseptisé de ses horreurs. Pour expliquer cette sensation, il nous faut parler de la photographie. Elle rend dans un sens hommage à l’univers avec des éclairages et des contrastes bien dosés. Cependant, avec des tons ternes et grisâtres typiques des productions Netflix, l’univers sombre se retrouve être édulcoré par rapport à l’œuvre d’origine. Je commence à croire qu’ils sont allergiques à la couleur. On se retrouve du coup avec une sensation « le cul entre deux chaises », même si cela touchera probablement plus les lecteurs des livres.

The Witcher se veut très viscérale. Vous aimez le gore ? Foncez ! Il y aura bien entendu du fessier pour les demoiselles et des boobs pour les messieurs, malgré le fait qu’il y a une certaine retenue dans ce qu’on nous montre à l’écran. En effet, n’oublions pas que c’est Netflix qui est derrière la série et que, comme ils l’ont déjà dit, ils se dirigent plus vers un grand public que vers les niches. Et malheureusement cela se ressent fatalement à l’écran, mais ce n’est pas non plus rédhibitoire.

On l’a dit, visuellement, The Witcher est une belle réussite, bien que parfois un peu trop « propre ». Mais dayyym ! Il y a un travail sur les effets spéciaux bien trop inégal. Le cœur est à l’ouvrage sur les combats humains contre humains qui sont mis en scène de façon spectaculaire et bien articulé. Ceux concernant les monstres, en revanche, ne sont pas toujours réussis. À voir la strige ou le dragon doré, et selon votre imagination, on peut se dire : « mon dieu… ». On sent que le budget n’a pas été reparti équitablement et que la maîtrise des différents acteurs techniques impliqués dans la série n’est pas la même.

Heureusement en ce qui concerne les costumes, The Witcher accomplit un remarquable travail de fidélité à son matériel d’origine. Il y a beaucoup de diversité, les personnages changent très souvent de vêtement et ça fait plaisir à voir. Néanmoins on ne peut s’empêcher de remarquer que cet attention aux détails concernent plus les costumes féminins que ceux destinés aux hommes. Il faut voir les armures de Nilfgaard, elles sont hideuses, le résultat escompté n’est probablement pas là.

Un destin inévitable

Lauren Schmidt Hissrich a choisi une méthode plutôt originale, voire dangereuse pour éviter d’avoir à faire traîner en longueur la présentation des trois personnages principaux. Elle a décidé d’entremêler les histoires et origines de Geralt, Yennefer et Ciri dans un flot temporel qui viennent se rejoindre au bout de quelques épisodes. Choix intéressant pour quelqu’un qui connait déjà les tenants et aboutissants, mais pour un néophyte, les premiers épisodes risquent d’être compliqués à saisir car confus dans leur temporalité générale.

Le fait de passer de Geralt qui chasse un monstre à « la guerre » de Cintra avec Ciri et ensuite être catapulté du côté de Yennefer en pleine formation est perturbant quand on n’est pas familier avec l’univers. D’autant plus que tous ces passages sont racontés à des époques différentes, sans aucun capteur temporel pour nous indiquer à quelle date nous sommes.

Pour expliquer ce choix de mise en scène, il faut tout d’abord savoir que la première saison de The Witcher retrace seulement le recueil de nouvelles du Sorceleur, « Le Dernier Vœu ». Ce premier tome des aventures de Geralt, découpé en plusieurs nouvelles et racontant les pérégrinations de notre chasseur de monstre, est un véritable casse-tête. Il n’y a absolument aucune transition pour nous annoncer un changement d’époque, de personnage ou de lieu. On passe d’un paragraphe à un autre en se disant « Quoi ? Mais quand est-ce que c’est arrivé ça ? ». Du coup en repensant à ces moments compliqués du livre, mélanger temporellement les histoires des 3 personnages dans le but de les faire se rejoindre vient non seulement ajouter au côté destinée de l’épopée, mais aussi facilité grandement la compréhension pour le grand public.

Toss a coin to your Witcher

Geralt, Yennefer et Ciri sont des personnages haut en couleur, très complexes et impossible à décrire en quelques mots. Ils ont de plus une évolution quasiment incessante. Pourtant, la showrunneuse réussi un (presque) sans faute en restant non seulement fidèle aux romans mais en venant en plus richement étoffer le background de certains personnages.

Nous parlerons tout d’abord de Yennefer de Vengerberg, campée par l’excellente Anya Chalotra. C’est clairement le personnage auquel on s’attache le plus, car elle reflète beaucoup de sentiment que nous connaissons très bien : vulnérabilité, amour et cruauté. Yen bénéficie d’un traitement supplémentaire par rapport aux livres avec l’ajout d’un background (implicite dans celui-ci) particulièrement réussi qui viendra sans aucun doute créer un lien particulier entre elle et le spectateur. Sa connexion si unique avec Geralt, ses charmes non dissimulés et son dilemme intérieur sont sublimement représentés à l’écran. Indéniablement un des personnages les plus emblématiques de la série, voir même d’une série fantasy tout court.

La prestation pour Cirilla Fiona Elen Riannon (Ciri pour les intimes), interprétée par la sobre mais juste Freya Allan, emmènera probablement un désaccord entre néophytes et lecteurs du livre. Explications : dans le livre, Ciri est une jeune femme pétillante, qui ne tient pas en place, agis comme un garçon manqué et est très curieuse. Dans la série, elle est très sobre, en retenue et manque un peu de punch. C’est un choix assumé et audacieux qui nous a plutôt plu, d’autant plus que le développement du personnage est loin d’être terminé et qu’au contact de Geralt, elle va très probablement développer toutes ces caractéristiques. Son arc est (pour l’instant) le moins intéressant, car il ne se déroule que sur 2 ou 3 semaines. Surtout comparé aux autres, on partage 60 ans de la vie de la magicienne Yennefer et on voit défiler une trentaine d’années de la vie de Geralt. Mais ne vous y trompez pas, c’est le personnage le plus important de cette saga et elle prendra une place bien plus importante dans la saison 2, à n’en pas douter.

Où comment un rôle en remplace un autre…

C’est le très célèbre Henry Cavill, déjà aussi connu que notre chasseur de monstre, qui a la dure tâche de se mettre dans la peau de Geralt De Riv, aussi appelé Le boucher de Blaviken ou encore Loup Blanc. Et quelle interprétation ! Il colle parfaitement à l’image qu’on peut se faire du guerrier aux cheveux d’albâtre dans les romans et il ne faudra pas plus d’un épisode pour l’adopter comme le nouveau Geralt. Sa voix caverneuse, son air grognon, son faible pour les femmes, son incapacité à ne pas prendre parti (alors que c’est pourtant un sorceleur sans émotion) et la haine que tout le monde lui porte sont parfaitement respecté. Bon, soyons honnête, d’ordinaire, il est censé être repoussant et blafard, sauf que dans la série, il pue le charisme à plein nez, mais bon on pardonne parce que c’est Superm heu THE Witcher pardon.

Comment aussi ne pas mentionner Jaskier, campé par Joey Batey possédé par l’esprit des Bardes livre une performance sans faute, il est très probablement le personnage le plus important et réussi de cette série. Il est à la fois le ressort comique de l’aventure mais c’est surtout lui qui apporte une véritable vie à l’aventure au travers de ses chansons toutes plus réussies les unes que les autres. On craignait qu’il soit complètement raté, la faute à une mise en avant très maladroite dans les trailers, mais le personnage est puissant et apporte beaucoup ! Drôle à sa façon, sa relation avec Geralt est poignante et pleine de rebondissements, quant à ses ballades elles viennent parfaitement rythmer la série. Bravo.

Les autres personnages méritent aussi des louanges, Tissaia De Vries (Myanna Buring), la Reine Kalis (Isobel Laidler), Vilgefortz (Mahesh Jadu), le Roi Foltest (Shaun Dooley) ou même Renfri (Emma Appleton). En fait, presque tous sauf Triss Merigold. La Magicienne, adorée par beaucoup dans les livres et les jeux, est maltraitée car amenée maladroitement bien trop tôt dans l’histoire. Anna Shaffer n’est pas en cause, sa prestation est bonne et elle s’en sort admirablement, mais elle est ici inutile et reléguée au second plan, elle qui est si importante pour la suite de l’histoire. Les scénaristes devront trouver une façon de redorer son blason, elle ne marque absolument pas dans cette première saison.

C’est vrai, The Witcher n’est pas exempt de défauts. Il faut cependant avouer que l’univers de Sapkowski est fidèlement adapté et ses personnages scrupuleusement respectés, et même étoffés. La série ne tombe pas dans les pièges faciles qui l’aurait condamnée, comme beaucoup d’autres production avant elle. Les fans aguerris de l’univers comme les aficionados des écrits trouveront leur compte dans cette fantastique épopée, surtout en cette trouble époque où la fantasy se fait rare. Une saison 2 est d’ores et déjà en production, et autant vous dire qu’on a hâte !  

The Witcher

Kult
8

Lear

8.0/10

On a aimé

  • La fidélité au service de l'adaptation
  • Les personnages et leurs relations
  • Visuellement bluffant...
  • Jaskier et les musiques, une aventure en soi
  • Yennefer et Geralt <3

On a moins aimé

  • Univers parfois trop édulcoré
  • Trop dramatique, pas assez cynique
  • ...mais aussi très inégal techniquement
  • Netflix trop frileux
  • Triss trop inutile et en retrait

2 Commentaires

  1. Effectivement les premiers épisodes avec ces sauts temporels sont un peu compliqués à comprendre pour un néophyte des bouquins, d’autant qu’ils ne sont pas du tout annoncés. Mais sinon le reste est intéressant et les effets spéciaux assez réussis.
    Par contre je n’ai pas du tout aimé le personnage du barde. Je ne sais pas si il existait dans les livres, mais je l’ai trouvé insupportable et ses « balades » ressemblaient trop à des chansons de dessin animé Disney (trop pop dans leur style) ce qui fait beaucoup trop anachronique dans cet univers médiéval et sombre.
    Un petit détail aussi qui m’énervait c’est l’usage des lentilles de couleur. Dans le premier épisode j’ai l’impression qu’ils colorent les yeux de Geralt en post production ce qui garde l’effet naturel de transparence et les reflets de l’iris puis ensuite ils passent à des lentilles à l’effet « plastique » opaque ce qui est très moche. Alors que bizarrement de son côté, Yennefer a le droit à une colorisation de ses yeux en post prod tout le long elle. (Est ce que l’actrice était allergique aux lentilles ?)

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