Locke & Key sur Netflix est l’adaptation d’un célèbre comics de Joe Hill, le fils de Stephen King, et de Gabriel Rodriguez. Son adaptation a connu moult rebondissements et est passée entre de nombreuses mains au grès des années. Une série était d’abords prévue par feu la Fox, puis une trilogie de film, puis de nouveau une série sur Hulu, pour enfin arriver sur la plateforme dans la version que l’on connait. Un développement de l’enfer suivi d’ailleurs par les nombreux aficionados de l’œuvre. La série est disponible depuis le 7 février, enfin, mais qu’en est-il donc de sa qualité ?

Fans du comics original, je vous plains, votre savoir va vous rendre le visionnage très difficile tant le changement est radical. La série vise aujourd’hui un public clairement jeune et tout ce qui faisait le sel de l’œuvre, à savoir les traumatismes, la tension et l’horreur à laquelle était confrontée les personnages a disparue ou presque. Le showrunner Carton Cuse explique avoir voulu faire de l’adaptation une série fantastique familiale, alors que la BD est sombre et violente. Et c’est bien ça le problème. Un tel changement de paradigme ne se fait pas sans douleur.

Le début de Locke & Key suit bien le matériel de base, on plonge vite dans cette fable fantastique et toute la magie qui s’en dégage nous attire dans cet univers aux nombreux mystères. Cependant on remarque très vite deux problèmes majeurs : l’écriture des personnages et ses interprètes, ainsi que le ton général. Jackson Robert Scott qui incarne le benjamin de la fratrie Dobe est mono expressif, Connor Jessup en Tyler semble vide à l’intérieur, ou du moins pas trop concerné, et Emilia Jones qui interprète Kinsey est douée mais ne livre rien de mémorable, à part être excessivement énervante. On tient là d’ailleurs le point noir du show : l’écriture complètement débile et les choix hallucinant de stupidité des personnages.

Quand tu penses avoir toutes les clés en main…

locke key critique
 » J’ai une idée : il nous faut un cerveau !  »

Profondément gênant, cela en devient très vite agaçant. C’est simple, nous nous sommes retrouvés à se marrer devant tant de crétinerie. Les personnages réagissent de façon incohérente, prennent des décisions complètement stupides au vu des situations ou sont tout simplement cons. Ce n’est pas possible, le scénariste a oublié de leur donner un cerveau. Énervant. La série vise un jeune public certes, mais prendre ses personnages et ses spectateurs pour des abrutis en revanche, ça ne passe pas. Ou alors on prend nos jeunes pour des crétins qui ne verront pas la bêtise ultime des héros. Toute la crédibilité de la série en pâti, difficile d’y croire une seconde, on en vient à souhaiter leurs morts pour être débarrasser. Seule Leysla De Oliveira campe une Dodge crédible mais la série ne sait pas créer d’émotions ni de frissons lors de ces apparitions, et je cherche encore le pourquoi de certaines de ces actions mais arrêtons là le massacre.

locke key critique
 » C’est par où la sortie ? « 

Je ne m’étendrai pas énormément sur le casting secondaire, car là on tient des palmes d’or. Sachez juste que le groupe d’amis des Locke est caractérisé façon années 90 avec tous les stéréotypes connus du genre. Le côté geeks fans de film d’horreur pour placer des références est inutile au récit, c’est bien beau de vouloir s’inspirer de succès mais cela servait l’histoire dans Stranger Things. Sans compter que ces personnages sont interprétés de façon très moyenne et en rajoutant la mère jouée par Darby Stanchfield, personnage inutile et carrément à l’Ouest, c’est une vraie désolation. C’est d’ailleurs avec ce personnage que l’on se rend compte qu’il y a un vrai problème de ton dans la série.

Vouloir parler de deuil et d’alcoolisme c’est bien, mais à ce stade là ce n’est plus de la maladresse. Réduire la violence visuelle pourquoi pas, mais la violence psychologique était déterminante dans la construction des personnages. Les traumatismes des héros, Tyler en tête, sont moins présents et cela nuit gravement à notre intérêt pour ceux-ci. Mélanger les genres est une chose difficile, et il est facile de s’y perdre et de se retrouver à nager entre deux eaux. Locke & Key version Netflix en est un parfait exemple. Si la série peut rappeler la sublime The Haunting of Hill House de par son setup initial, on se rend vite compte qu’on est plus proche des Nouvelles aventures de Sabrina, avec un manque d’enjeux forts et d’ambition générale le mélange ne prend pas.

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Locke & Key version comics donne une profondeur à ses personnages, ils sont brisés, traumatisés, et l’horreur crue qui les entoure fait que l’on craint pour leur survie. La série tente bien de parler des mêmes propos, les liens d’une famille, le deuil, les regrets, la culpabilité aussi, mais à viser un public d’ado avec une classification 13+, tout y est aseptisé et l’œuvre perd ce qui faisait son intérêt principal. Ajouter à cela une sensation de perte de temps et de stagnation dans l’intrigue, avec cette désagréable impression que la série se perd dans des sous intrigues qui ralentissent le rythme pour au final ne pas raconter grand-chose. Le format de 10 épisodes ne convenait pas à cette proposition.

Le traumatisme initial des Locke avec la perte de Rendell est survolé très maladroitement alors qu’elle est le point de départ de toute l’intrigue. Tout est trop propre, l’ambiance et la noirceur de l’œuvre n’y sont pas du tout. On n’y croit pas, le twist final est une catastrophe et il est très difficile de réellement s’attacher à cette famille, surtout quand on devine aisément la suite des événements. Il suffit d’imaginer le truc le plus cons pour compliquer la situation ou encore la décision la plus stupide qui va donner de l’eau au moulin et vous êtes bons. Frustrant.

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Le meilleur personnage est en réalité la maison, Keyhouse, pour qui un réel soin a été apporté. Les décors jouissent d’une esthétique soignée qui donne vie à ce lieu de magie. L’architecture et les nombreuses pièces donne envie d’aller chercher les clés dans les moindres recoins, et le plaisir du spectateur pour leurs découvertes permet de s’accrocher. La curiosité que l’on éprouve sur cet univers et ses mystères fait que l’on suit tout de même les aventures de ces jeunes dans ce monde de merveilles. Certaines clés changent de nom, d’autres sont inventées, mais l’imagination de Hill et Rodriguez est respectée, et ce point constitue le meilleur de ce que la série Netflix offre. Qui plus est, le rendu des pouvoirs des clés est propre, la série fait preuve d’inventivité visuelle et narrative parfois bien trouvée, avec une attention particulière sur la Clé de tête. Agréable.

Tout n’est donc pas à jeter dans cette adaptation de Locke & Key, mais trop de concessions ont été faites par Netflix. La trahison de l’oeuvre de base pour viser un jeune public enlève ce qui faisait sa force. On se demande qui appréciera alors la série car le fan des livres sera déçu et les sérievores ne pourront que facepalmer devant tant de bêtises. Techniquement propre, l’idée de base est bien exploitée et intéressante mais on sent que l’œuvre en avait sous le pied pour raconter quelque chose de vraiment plus profond. Une saison 2 devrait pointer le bout de son nez, mais il faudra véritablement faire mieux et revoir les ambitions à la hausse, car en l’état, c’est très moyen. En attendant, si l’univers vous a plu on vous recommandera donc d’investir plutôt votre temps dans les 6 tomes de la série papier.

Locke & Key saison 1

Très moyen
5

Vins

5.0/10

On a aimé

  • La Keyhouse, un décors soigné
  • La magie opère
  • Les clés et leurs pouvoirs

On a moins aimé

  • De gros problèmes de ton
  • Des personnages débiles et un casting limite
  • Trop aseptisé
  • Une trahison de l'oeuvre originelle
  • Le final qui enfonce le clou

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