Critique de Légion saison 1, une série produite par FX avec la participation de Marvel Télévision, avec pour showrunner Noah Hawley, par Lear.

Synopsis du comic book : Légion, de son vrai nom David Haller est le fils de Gabrielle Haller et de Charles Xavier, le Professeur X et leader des X-Men. Il est schizophrène, doté de multiples personnalités, et chacun de ses avatars possède des pouvoirs mutants différents : télépathie, télékinésie, pyrokinésie, voyage dans le temps, déformation de la réalité, etc. Ultra-puissant et complètement dérangé, il fait donc beaucoup de grabuge quand il pète les plombs…

Synopsis de la série : Tout débute dans un hôpital psychiatrique où David (Dan Stevens) rencontre Syd (Rachel Keller). Ils tombent amoureux, mais l’idylle se heurte rapidement à un obstacle quand les membres de l’obscure agence gouvernementale Division 3 interviennent. David est alors sauvé par Syd et ses amis qui vont tenter de l’aider à contrôler ses pouvoirs en explorant ses souvenirs. La clé de son identité réelle est dans son passé. Le problème est qu’il y a plus que ça dans sa tête.

critique de légion saison 1

Grand fan des X-Men depuis son plus jeune âge, Noah Hawley (Fargo, Bones) a toujours rêvé de mettre en scène les personnages de « la maison des idées » dans une série. C’est pourquoi, après discussion de son projet avec Simon Kinberg, producteur de la franchise X-men au cinéma, ils tombent tous les deux d’accord sur le personnage de Légion. Noah Hawley voit en lui une occasion de proposer quelque chose d’original aux téléspectateurs en traitant la folie via une mise en scène à la Stanley Kubrick. La chaîne FX, séduite par le projet, commande un pilote de Légion en 2015, avec la participation de Marvel Télévision. Le 8 février 2017, la saison 1 de Légion comportant 8 épisodes est diffusé sur FX.

Produite par Bryan Singer, Lauren Shuler Donner (productrice sur tous les films issus de l’univers X-Men, dont Logan), Simon Kinberg (également producteur et réalisateur de certains X-Men) et le mythique pilier de Marvel Stan Lee en personne, Légion avait toutes les cartes en main pour réussir à attraper le téléspectateur, mais s’il y a une chose qu’on a appris avec le temps, c’est que l’adaptation d’un comic book au cinéma ou à la télévision n’est jamais (ou presque) fidèle au matériel d’origine. Légion ne fait pas exception en servant plus le propos de Noah Hawley, soit une allégorie sur l’identité, que celui des pages des comics X-Men (ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose).

La folie des couleurs

Légion, composée de seulement 8 épisodes, nous propose de rentrer dans le cerveau malade de David Haller. Entre récit métaphysique et aventure psychédélique, cette première saison nous offre un véritable spectacle d’esthétisme visuel mixant le rétro et le moderne en s’inspirant fortement des œuvres de Stanley Kubrick (Orange Mécanique, Full Metal Jacket, Shining).

critique de légion saison 1

On a vraiment envie d’aimer la série de Noah Hawley, car non seulement elle traite du fils de Charles Xavier, personnage jamais réellement exploité dans l’univers des X-Men, mais aussi parce que la direction artistique, la photographie, la mise en scène, la réalisation ainsi que l’esthétique colorée assumée ne peuvent que rendre pantois le téléspectateur. Légion est à des années-lumière de l’univers kitch et prévisible des séries CW en venant s’ancrer dans un monde réel parsemé d’éléments fantastiques qui viennent perturber la vision classique qu’on peut avoir d’une série. Le showrunner et les scénaristes s’amusent en effet à bousculer notre zone de confort en nous désorientant volontairement pour nous mettre dans la tête des personnages. Est-ce la réalité qu’on voit en ce moment ou encore le fruit de l’imagination de David ? C’est cette question qui nous suit et nous taraude durant toute la saison en mélangeant twist visuel et écriture haute en couleur.

On nous a toujours habitué à des séries de super-héros soit « tout public » (Arrow, Supergirl, The Flash) soit plus « adulte » avec le format Netflix beaucoup plus calibré (The Punisher, Daredevil, Jessica Jones). Noah Hawley balaye tous ces stéréotype d’un revers de main en apportant une vision plus atypique et originale. Dans Légion, pas de chorégraphies à la Kamel Ouali et malheureusement pas d’Iron Fist (et son acteur incontournable) avec son poings surpuissants. Ici, on laisse place à un travail visuel d’une finesse tortueuse, une mise en scène dingo accompagnée d’une bande-son ciselée, de couleurs saturées et d’un casting brillant.

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Quoi qu’on puisse dire sur la production déjantée de la FX, ça restera une claque visuelle qu’on n’est pas près d’oublier. Mais malheureusement, c’est aussi son gros défaut. Effectivement, à force d’effets visuels colorées, de plans/séquences esthétisés, d’efforts pour perdre le téléspectateur dans sa folie visuelle, Légion finit un peu par se perdre dans sa beauté au détriment du scénario.

critique de légion saison 1

Attention, on ne peut pas dire que la série est complétement dénuée d’histoire, loin de là, mais il ne faut pas confondre scénario et complexité des personnages : les protagonistes principaux sont traités à la perfection et pour cause, on est même dans leurs têtes ! Mais pour ce qui est de l’histoire, de ce qui enrobe le visuel et les personnages, c’est quand même plus pauvre : ici, pas de storylines secondaires pour venir combler les vides en attendant des révélations. L’intrigue principale n’est pas assez substantielle pour qu’on ne note pas que la majorité des personnages secondaires ne sont là que pour justifier ce qu’il se passe dans la tête du personnage principal.

Légion a tendance à s’enfermer dans la tête de David pour justifier une folie artistique et quand on croit en sortir, on finit par y retourner. La série peut être assimilée à une belle personne superficielle (si je puis dire) : au début, on sera bluffé par sa beauté, mais une fois la magie disparue, tout ce qu’on verra, c’est une personne lisse et sans saveur. Le bébé de Noah Hawley fait le même effet : passé 2-3 épisodes, la mécanique scénaristique et les twists se font rare, rendant l’histoire principale sans grand intérêt. Plus les épisodes s’enchaînent, plus les vides scénaristiques se font sentir et à la fin, l’ennui prend le dessus sur le visuel.

critique de légion saison 1

Bien sûr, certains verront cet enfermement du scénario comme un choix du réalisateur et seront d’accord avec cette vision, ce qui est tout à fait compréhensible, mais d’autres pourraient voir cette façon de faire comme de la fainéantise, voire de la masturbation visuelle que les critiques adulent, faute de mieux.

Des acteurs fous de talent

critique de légion saison 1La force principale de Légion réside dans ses personnages et leur traitement. Les pouvoirs, et la façon dont ils fonctionnent, créent une dynamique harmonieuse autour de David : télékinésie, télépathie, don de changement de corps qui, quand ils se rencontrent, offrent des passages tantôt touchants tantôt terrifiants qui sont les meilleurs moments de la série. Dan Stevens est parfait dans la peau de David Haller, voir même magistral dans son rôle de schizophrène paumé essayant de comprendre ce qui lui arrive, de maîtriser ses pouvoirs tout en se demandant s’il perd la tête. Il ne parle pas beaucoup dans ces 8 épisodes, mais son visage et ses expressions en disent long sur ce qu’il ressent. Aubrey Plaza en Lenny est tout autant excellente et vient apporter un peu de piquant dans le quotidien de David. Le regard un peu fou, elle est complètement dans son personnage. Elle peut à la fois être rassurante pour David et la minute d’après partir complètement en vrille.

Les personnages secondaires, bien qu’un peu en retrait dans l’histoire, n’en restent pas moins excellents : Kerry et Cary Loudermilk, interprétés par Amber Midthunder et Bill Irwin, apportent un côté dramatique et parfois même pathétique (dans le sens appréciatif) à la série. Leur duo fonctionne parfaitement, car malgré des situations qui auraient facilement pu être tournées en ridicule, on arrive à ressentir toute la sincérité, la peine et les dilemmes auxquels ils sont confrontés. Ptonomy Wallace (Jeremie Harris) est sûrement le moins développé des personnages. C’est dommage car il fait partie intégrante de Légion avec son pouvoir et sa personnalité et il aurait surement mérité plus de background. Mélanie Bird (Jean Smart) est beaucoup trop en retrait dans son rôle de leader et on ne comprend pas vraiment où le réalisateur veut en venir avec ce personnage si ce n’est pour justifier la présence d’Oliver Bird. Interprété par un Jemaine Clement incroyable, l’acteur fait preuve d’un charisme et d’un jeu d’acteur bluffant au possible, et ce, jusqu’à la fin de la saison.

critique de légion saison 1

La relation entre David (Dan Stevens) et Sydney « Syd » (Rachel Keller) est incontournable. Noah Hawley arrive à développer une histoire d’amour très intense entre ces deux personnages qui commence dès le début du premier épisode. Ce sont probablement leurs pouvoirs respectifs et complémentaires qui accentuent cette histoire d’amour et qui offrent au téléspectateur des scènes d’amour et de complicité très poignantes.

Pour ce qui est des méchants, Brubaker (David Shelby), Walter/l’œil (Mackenzie Gray) et Clark (Hamish Linklater), et malgré le fait que les acteurs soient très bons, il est dommage de constater qu’ils sont bien trop sous-exploités. Sans compter sur l’aspect gouvernemental de la série complétement simplifié. Il y avait beaucoup d’histoires secondaires à raconter de ce côté-là et espérons que la saison 2 viendra corriger le tir.

Légion est loin d’être une mauvaise série. Avec son approche atypique et originale, son traitement visuel et son esthétisme coloré et délirant, elle amène une fraîcheur et une folie appréciée dans une génération de séries formatées et calibrées de la même façon. Malheureusement, le trop-plein de soin apporté au visuel vient supplanter le scénario qui ne propose pas grand-chose en terme d’histoire, et on finit un peu par se lasser de cette folie pour la folie. Heureusement, Légion possède des personnages incroyables, incarnés par des acteurs possédés par le démon du talent, qui sauvent clairement la série de l’ennui par leur interprétation. La série de Noah Hawley est une expérience un peu à part et un spectacle visuel unique. C’est pourquoi si vous cherchez une série construite dans des rails avec une histoire classique, passez votre chemin. Si vous en avez assez de toutes ces séries de super-héros fadent et sans saveur, laissez-vous tenter par ce show unique qui, de l’aveu même du showrunner, se veut plus un musée des curiositées qu’une réelle œuvre.

Légion saison 1

Légion saison 1
7

Lear

7.0 /10

On a aimé

  • Un spectacle visuel époustouflant
  • La mise en scène à la fois tordue et géniale
  • Le traitement et la profondeur des personnages
  • Une histoire d'amour poignante et originale
  • C'est X-Men bordel !

On a moins aimé

  • Un rythme un peu nian-nian
  • Une histoire trop simple et prévisible
  • Certains personnages pas assez développés
  • Le monde "réel" pas assez mis en avant

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