Critique de The Haunting of Hill House, réalisé par Mike Flanagan et produit par Netflix, par Lear. Série mise en ligne le 12 octobre 2018.

Disponible sur Netflix depuis le 12 novembre, The Haunting of Hill House est l’adaptation très libre du roman du même nom de Shirley Jackson, un classique de l’horreur gothique, sorti en 1959. Netflix, avec Mike Flanagan aux commandes, s’aventure là où personne, dans le milieu des séries de ce genre, n’a jamais réussi à s’imposer.   

Avant-propos

Mike Flanagan. C’est un nom que vous avez probablement déjà entendu et dont vous entendrez encore parler dans le futur, on peut vous l’assurer. Déjà remarqué dans le milieu du cinéma pour avoir réalisé en 2013 le mystérieux The Mirror ou encore l’effrayant Pas un Bruit en 2016, il déploie réellement son potentiel en s’occupant de l’excellente adaptation du célèbre roman de Stephen King : Jessie. C’était pourtant loin d’être une mince affaire, car Jessie est surement un de ses romans les plus complexes et les plus troublants, mélangeant habilement psychologie et épouvante.

Et pourtant, Mike Flanagan s’en sort haut la main en réussissant parfaitement à mettre en scène ce cauchemar, entre réel et imaginaire, devenant ainsi un réalisateur solide, inventif et capable de rendre une poignée de porte flippante. Il était important de connaître son passé avant de parler de la série The Haunting of Hill House car à travers son œuvre, il est devenu le genre de showrunner dont on reconnaît la griffe dès les premières scènes du premier épisode. Pour information, il planche en ce moment même sur la suite de Shining : Doctor Sleep, prévu pour le 24 janvier 2020 dans nos salles obscures.   

Revenons au sujet principal, c’est-à-dire The Haunting of Hill House. Cette œuvre a déjà fait plusieurs fois l’objet d’adaptation plus ou moins fidèle au roman original. Une première fois en 1963, soit quelques années après le livre, avec La maison du diable, réalisé par Robert Wise et racontant l’histoire d’un spécialiste du paranormal décidant de mener des expériences sur des esprits censés hanter les lieux. Un film très fidèle plutôt apprécié par la critique à sa sortie, sans pour autant gagner des oscars, si vous voyez ce que je veux dire. La deuxième adaptation se fit bien plus tard en 1999 avec Hantise, un film réalisé par Jan De Bont (Speed, Twister, Tomb Raider). Cette adaptation, beaucoup moins fidèle, raconte l’histoire d’un homme, Hugh Crain, décidant de construire le manoir de Hill House dans l’espoir d’y fonder une famille. Cependant, Crain fut victime d’une mort inexpliquée et depuis lors la demeure détient la réputation d’être hantée. Un film plutôt mauvais qui sera démonté par la critique et très vite oublié.

C’est donc presque 20 ans plus tard que nous retrouvons à nouveau le manoir de Hill House, cette fois dans une adaptation en série sous la bannière Netflix.

Olivia et Hugh Crain et leurs 5 enfants emménagent dans la superbe Hill House, une demeure gothique perchée sur sa colline et entourée de verdure. Leur but étant de profiter de l’été pour retaper la maison et ensuite la revendre. Néanmoins, rapidement, la maison en question se révèle plutôt mystérieuse. Les événements surnaturels se multiplient jusqu’au jour où une tragédie précipite la famille dans l’abîme. Des années plus tard, les enfants Crain, alors devenus adultes, sont forcés de refaire face à ces démons qui au fond, n’ont jamais cessé d’influencer leur existence…

Nous ne l’avons pas précisé dans la critique mais la bande originale de The Haunting of Hill House est somptueuse, ainsi que tout ce qui est relatif au sound design. L’extrait ci-dessus parle de lui-même.

Sans Voix

Dans les faits, il n’y a quasiment plus aucun rapport entre le texte originel et la série produite par Netflix. Mike Flanagan a choisi de modifier les décors, de complétement chambouler le contexte du livre de Shirley Jackson et même de rajouter certains personnages pour en faire disparaitre d’autres. C’était un gros risque quand on voit comment a été reçu le dernier film qui a tenté de s’approprier le récit des Crain.

Et pourtant, le résultat est saisissant et incroyablement revigorant. Flanagan capture l’essence même de la mort grâce à une réalisation fluide, virevoltante de droite à gauche, nous laissant penser que la maison elle-même est vivante. L’ambiance retranscrite est si forte que nous, spectateur plongé dans le noir, somme happé par la sombre et inquiétante demeure de Hill House, qui devient aussi la notre. Flanagan a plus d’une corde à son arc puisque c’est aussi lui qui scénarise la série (décidément, cet homme sait tout faire). Et quel scénario ! Quelle écriture mature et prenante ! On reste pendu aux lèvres des protagonistes, dans l’espoir qu’ils auront encore une tirade à nous délivrer.

Le showrunner virevolte non seulement dans sa réalisation, mais aussi dans son écriture en nous proposant une ballade temporelle, au cœur du récit, qui nous fera passer tantôt du présent au passé et inversement. La série ne nous prend jamais par la main : en effet, la transition entre passé et présent, présent et passé est très subtile (ne vous attendez pas à ce qu’on vous note en gros sur votre écran « present day »). C’est un effet de style qui a assurément été voulu ainsi pour que nous soyons aussi perdus que les personnages du récit. Si le premier épisode peut être un peu déconcertant (particulièrement les 30 premières minutes), pas d’inquiétude, on s’habitue très rapidement au style de Mike Flanagan.

Deux épisodes nous ont particulièrement bluffés : l’épisode 5, tout d’abord, a une telle mise en scène et un tel cocktail d’émotions qu’on en ressort simplement chambouler. Et quand on dit chamboulé, c’est-à-dire qu’on est obligé d’arrêter la série pour la soirée. The Haunting of Hill House a cette force de nous faire passer par toutes les émotions en un temps record. L’épisode 6, quant à lui, est réalisé dans une succession de plan-séquences d’une maitrise ahurissante. Un seul cut, nécessaire au bon déroulé de l’histoire, est présent dans cet épisode… Flanagan cherche à nous faire voyager aux côtés des personnages comme si nous étions réellement là, scrutant les ténèbres dans les moindres recoins de la maison.

La douleur… peut être une source de plaisir

The Haunting of Hill House a été vendu par Netflix comme une série d’épouvante, mais vous allez vous rendre très vite compte que c’est beaucoup plus que ça. Vous allez sans aucun doute, comme nous, cacher partiellement votre visage dans vos mains pour éviter l’arrêt cardiaque, mais ce n’est pas seulement une peur ordinaire comme dans 90% des films d’horreur. Non, c’est beaucoup plus viscéral que cela : vous n’aurez pas peur de possible jump scare ou de personnage déformé par d’horribles rictus, mais bien de la maison elle-même. La peur se cache dans les murs du manoir de Hill House, dans les cauchemars des enfants et les traumatismes des adultes.

The Haunting of Hill House est une maison dans laquelle il fait bon vivre

Oui, on ne va pas mentir, la peur est très souvent présente et certains moments pourraient même être qualifiés de tétanisant, et c’est pourquoi cette série a été présentée comme « série d’épouvante » par Netflix. Mais cette peur qu’on nous inflige n’est qu’un prétexte derrière lequel se cache un drame. Cette peur, c’est la même que celle des personnages qui refusent de laisser le passé derrière eux et se refusent de faire leur deuil. D’ailleurs, si vous regardez une deuxième fois la série, ou si vous décortiquez celle-ci, vous vous rendrez compte de beaucoup de choses que vous n’aviez pas forcément vu auparavant.

« Le silence pesait lourdement sur le bois et la pierre de Hill House. Et ce qui arpentait ses couloirs, marchait seul »

Flanagan arrive à lier intimement l’épouvante, le surnaturel et le drame, renvoyant fatalement aux chefs-d’œuvre que sont Rosemary’s Baby ou L’Exorciste. Comme pour ces piliers du cinéma d’épouvante, The Haunting of Hill House prend un malin plaisir à jouer avec les codes, nous faisant passer du rire aux larmes, de la peur à l’espoir. Là où la série vient même surpasser ses grands frères, c’est dans sa façon de sublimer la mort. Il faut bien se rendre compte que la mort est au centre du show, et malgré cela, il arrive à lui apporter une forme de beauté pure au travers une photographie d’une esthétique à faire pâlir les blockbusters du genre, que l’on doit à Michael Fimognari.

Une photographie qui est capable de nous raconter une histoire rien qu’en changeant un ton de lumière sur un personnage pour nous souligner un changement psychologique, on ne voit pas ça tous les jours. Oui, le degré d’excellence est à ce point. Et en parlant de lumière, il faut applaudir l’utilisation ingénieuse du clair-obscur, qui nous oblige à rester sur le qui-vive à tout moment. De plus, la série étant extrêmement terne, chaque apparition de lumière marque soit une révélation importante, soit comme nous le disions plus haut un changement d’état psychologique chez un personnage.

La direction artistique de la maison, et plus particulièrement les décors de celle-ci sont absolument phénoménaux. En effet, vous retrouverez un nombre incalculable de situations dans lesquelles un détail en arrière-plan va attirer votre attention, comme par exemple une statue qui va bouger. Ça ne vient absolument rien ajouter au récit et encore moins être expliqué dans le scénario, c’est simplement un easter egg parmi les dizaines que l’on trouve dans la série. C’est d’ailleurs la deuxième raison qui nécessite un deuxième visionnage à The Haunting of Hill House. Comme nous vous le disions tout à l’heure, il y a deux degrés de lectures dans la série : le premier se place dans le passé du côté horrifique avec une famille vivant dans une maison hantée. Le second vient appuyer le ressort dramatique avec le drame familial qui se profile dans le présent (ainsi que dans le passé).

Le propos dans l’effroi

Comme nous vous en parlions un peu plus haut, The Haunting of Hill House ne cherche pas à faire peur simplement pour faire peur. Un vrai propos se détache de toute cette souffrance et nous apporte une leçon de vie sur la mort, le deuil ou encore la famille et la parentalité. C’est en cela qu’il serait dommage de cataloguer cette série simplement dans le genre « horrifique ». Sachant qu’elle a de nombreux degrés de lecture, et passe de l’horreur au fantastique, le tout dans un enrobage dramatique. Plus qu’un simple slasher qui fait du gore, The Haunting raconte l’histoire de personnages complexes en décroissances psychologiques constantes.

Certains voient même dans le show une métaphore claire et nette du deuil et de ses cinq étapes. En effet, la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross a établi ainsi les cinq étapes du deuil : le déni, la colère, la discussion, la dépression et l’acceptation. Ainsi, chacun des enfants Crain, dans l’ordre, représenterait l’une de ces 5 étapes : Steve le déni, Shirley la colère, Theo la discussion, Luke la dépression et Nell l’acceptation. Nous n’en dirons pas plus à ce sujet afin de ne pas spoiler des éléments importants de la série, mais comme vous pouvez le voir, l’analyse peut être poussé extrêmement loin. Ce qui prouve encore une fois que The Haunting of Hill House, tout en restant modeste, va bien plus loin qu’une simple série d’horreur.

Les personnages sont interprétés par un casting prodigieux : dans le présent, Michiel Huisman campe le rôle du grand frère Steven Crain, Elizabeth Reaser est l’ainée des sœurs Shirley Crain, Kate Siegel (qui est aussi l’épouse de Mike Flanagan) est Theodora « Theo » Crain, la cadette de Shirley.  Viennent ensuite Oliver Jackson-Cohen et l’excellente Victoria Pedretti dans le rôle des jumeaux Luke et Eleanor « Nell » Crain. Les parents Olivia et Hugh Crain sont joués par Carla Gugino et Timothy Hutton. Respectivement, dans le passé, Paxton Singleton, la surprenante Lulu Wilson, Mckenna Grace, Julian Hilliard et Violet McGraw. La relation entre les membres de la famille est très touchante, et c’est incroyable à quel point on croirait vraiment qu’ils sont frères et sœurs.

critique de the haunting of hill house
De gauche à droite : Shirley adulte et jeune, Olivia Crain, Steven jeune et adulte, Nell, Theo adulte et jeune et Luke adulte et jeune.

Le travail des acteurs est vraiment à souligner car si la série est aussi émouvante, touchante et tétanisante, c’est aussi grâce à ses personnages qui incarnent parfaitement ces émotions. Nous insistons énormément sur leurs jeux car dans The Haunting of Hill House, tout passe par les émotions que retranscrivent les acteurs et personnellement, nous n’avons vu aucun raté, de A à Z. Sur les dix épisodes de la saison, les cinq premiers nous racontent tous chacun à leur tour l’histoire de l’un des personnages. Ensuite, c’est un crescendo émotionnel qui ne s’arrête pas, et ce jusqu’à la fin. Un épisode, le 7 précisément, était peut-être dispensable et c’est d’ailleurs le plus court de tous, ce qui peut laisser penser qu’il a été fait pour remplir le quota de dix épisodes. Attention, il n’est pas mauvais, seulement dispensable dans le bon déroulé du scénario.

Fan du genre, je n’aurais jamais imaginé, même dans mes rêves les plus fous, assister à un spectacle pareil. The Haunting of Hill House repousse les limites de celui-ci et est un coup de génie. Mélangeant parfaitement les genres « horrifiques », « fantastiques » et « dramatiques », la série s’impose comme un tourbillon émotionnel et un énorme coup de cœur pour la rédaction. En utilisant parfaitement les ressorts de l’épouvante, Mike Flanagan étale les peines, les non-dits, les deuils intimes d’une famille au bord de l’implosion. The Haunting of Hill House est à la fois terrifiant, beau, triste et joyeux. C’est une expérience qu’il faut vivre pour en comprendre tous les tenants et les aboutissants. Et ne vous inquiétez pas, ils vous attendent encore, alors à votre tour d’entrer dans Hill House…

The Haunting of Hill House

The Haunting of Hill House
9

Lear

9.0 /10

On a aimé

  • Le génie dans la réalisation et la mise en scène
  • Le propos métaphorique sur la mort et le deuil
  • La photographie de la maison, avec son éclairage et ses décors
  • Les différents degrés de lecture, entre épouvante et drame
  • Les acteurs impeccables dans leurs rôles

On a moins aimé

  • Pas fait pour les personnes trop sensibles

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