Critique sans spoiler de la saison 2 de The Handmaid’s Tales écrite par Lear. Une série originale Hulu, adaptation du roman de Margaret Atwood (La Servante écarlate en français) avec pour showrunner Bruce Miller. 

critique de the handmaid's tale saison 1

Alors qu’elle a raflé bien des prix aux Golden Globes et aux Emmy Awards, la première saison de the Handmaid’s Tale aura mis tout le monde d’accord en réussissant le pari de créer une dystopie poignante, brutale et sans concession avec une vraie vision critique sur notre société. Les fans étaient assez inquiets quant à la suite de la série pour la simple et bonne raison qu’alors que le premier acte était l’adaptation très fidèle du livre de Margaret Atwood, cette saison 2 est une création originale (la romancière n’ayant jamais écrit de suite).

Contexte : Dans un futur proche, le taux de fécondité est quasiment tombé à zéro suite à divers désastres écologiques, des guerres et à la propagation de maladies sexuellement transmissible. Alors que le monde est en plein désarroi, les États-Unis subissent un coup d’état à l’ampleur inédite de la part d’un groupuscule extrêmement organisé de fanatiques religieux (Les Fils de Jacob). Rebaptisé La République de Gilead, le pays est désormais régi par des lois très strictes. Alors que les hommes occupent toutes les positions du pouvoir, les femmes n’ont presque plus de droits.

Interdites de travailler, d’être propriétaires ou même de lire et de s’instruire, elles sont réparties en plusieurs catégories suivant leur statut dans cette nouvelle société cloisonnée. Il y a les femmes des dirigeants, les gouvernantes, qui s’occupent des tâches ménagères, et les servantes. Ces dernières étant particulièrement importantes puisque ce sont les seules qui sont encore capables d’engendrer la vie. Des servantes placées sous l’autorité des tantes, de redoutables matrones violentes qui veillent au respect de la loi. June est l’une de ces servantes. Une jeune femme arrachée à sa petite fille et à son mari, qui autrefois menait une existence des plus normales et qui aujourd’hui, est obligée de subir les brutalités et les viols répétés inhérents au rôle qu’elle est censée jouer…

L’écrivaine a choisi de s’investir corps et âme dans la production de la série, main dans la main avec le showrunner Bruce Miller, afin de rendre cette suite plus cohérente et assurer la continuité de son histoire. Et honnêtement, ça se ressent à l’écran avec une saison 2 clairement réussie, bien qu’assez différente de la première.   

La prise de risque qui paie

« Blessed be the fruit – May the lord open »

Là où la première saison était très fermée, voire presque en huis clos, l’intrigue de la seconde nous fait voyager dans la République, nous faisant découvrir de nouvelles facettes pas vraiment plus réjouissantes. De cette façon, on va découvrir les fameuses colonies dont on parlait dans la saison 1, mais aussi le monde à travers la politique et l’envie de Gilead de se faire accepter. C’est ce genre de risque, pris par Margareth Atwood et Bruce Miller, qui rend cette suite si précieuse et réussie.

critique de the handmaid's tale saison 1
Un petit aperçu des colonies, si jamais vous cherchez une destination de vacance.

Mais la saison 2 va beaucoup plus loin en montrant aux spectateurs les châtiments divers et variés réservés aux crimes commis par les citoyens de Gilead, comme les doigts coupés pour une femme surprise à lire par exemple. Sans pour autant s’écarter du récit intense de June / Offred, le show concentre certains de ses épisodes sur d’autres personnages, comme Emily, incarnée par la remarquable Alexis Bledel (Gilmore Girls), qui a elle aussi droit à des flashbacks. Bien d’autres personnages secondaires sont mis en exergue, ce qui permet au spectateur de se placer dans la peau des personnages et surtout de comprendre que chacun a une vision différente de cette société atroce qu’est Gilead.

Dans la liste des tournants effectués dans cette saison, on peut noter une volonté d’entrainer le spectateur dans une narration plus rythmée et brutale, en tout cas pour une bonne partie du show. En effet, la série fait le choix hasardeux de passer de 10 à 13 épisodes, ce qui entraîne inexorablement des longueurs non souhaitables. Malgré ces quelques moments de flottement, le scénario est brillant, encore plus étoffé que la première saison, c’est dire. Chaque rouage est huilé à la perfection et s’imbrique parfaitement dans l’histoire, venant nourrir l’intensité dramatique de la série.

critique de the handmaid's tale saison 1
À Gilead, on la ferme ou on souffre.

Cinquante nuances de souffrances

« Gilead est en toi comme le saint esprit. Ou la bite du Commandeur. Ou le cancer. »

Qui n’a pas souhaité, en voyant la saison 1, que toutes ces ordures meurent dans d’atroces souffrances ? Dans la saison 2, on voit enfin apparaître de la résistance. Toujours subtilement bien sûr (on ne va pas vous rappeler les peines encourues), avec par exemple des servantes qui lisent, des épouses qui commencent à discuter de sujets interdits, de l’amour qui flotte dans l’air. Les scénaristes arrivent brillamment à mettre en scène une forme de rébellion silencieuse avec ces femmes qui commencent petit à petit à se réveiller et à prendre les choses en main.

Elizabeth Moss est un peu le flambeau de cette rébellion, à nouveau bluffante dans son rôle de June / Offred, et ce malgré des circonstances beaucoup plus compliquées. Dans cette saison, elle va se retrouver dans des situations plus délicates, qui donneront lieu à des scènes franchement tendues.

Après avoir passé la première saison dans l’ombre de son mari, Serena est sans aucun doute un des personnages les plus intéressants et imprévisible de cette saison 2 . Bourré d’incertitudes et de contradictions, Yvonne Strahovski est absolument magistrale dans son rôle. Passant de victime à bourreau, Serena entretient une relation complexe avec Offred, faite de respect, d’empathie, d’admiration parfois, mais aussi de rejet, de jalousie et d’intenses coups de sang et de paroles blessantes.

Tante Lydia, campée par une incroyable Ann Dowl, est aussi un des personnages les plus complexes de The Handmaid’s Tale, capable d’une cruauté sans nom comme d’une bienveillance innocente. Cette femme a pour mission de s’occuper des Servantes de la ville : c’est elle qui les forme, les endoctrine, les conseille, leur trouve un foyer et va même jusqu’à les faire accoucher. Elle règne sur elles avec une main de fer, n’hésitant pas à faire preuve de cruauté et de violence pour les soumettre, tout en voulant développer une relation de confiance avec celles qu’elle appelle « ses filles ». C’est un personnage à la fois détestable et fascinant, sensation très étrange, et on a vraiment envie d’en savoir plus sur elle.

Le personnage d’Emily – magnifique Alexis Bledel qui passe de guest star à un personnage principal – en brillante professeur d’université, devenue paria de la République de Gilead pour cause d’homosexualité. Trop peu développée dans la saison 1, elle voit son rôle évoluer drastiquement dans la saison 2 et apporte un superbe écho au combat que mènent les LGBT aujourd’hui. Son traitement narratif est d’autant plus pertinent qu’il s’effectue aussi via des flashbacks – avant la prise de pouvoir de Gilead. Entre détermination, militantisme et folie, les aventures d’Emily sont fascinantes, bien que souvent déchirantes.

Elizabeth Moss, Alexis Bledel, Samira Wiley, Madeline Brewer, Yvonne Strahovski, Joseph Fiennes, Max Minghella et Ann Dowd.

Les relations qui viennent se tisser entre tous les personnages vont se complexifier dans cette saison, dû à un événement marquant (que nous ne dévoilerons pas). Ce changement de perspective va venir nous offrir des batailles psychologiques entre certains personnages, tant et si bien qu’on ne saura plus vraiment faire la différence entre « gentils » et « méchants ». Les souvenirs, présents dans la saison 1 comme échappatoire mental, sont très souvent transformés en regrets, remords ou culpabilité dans la saison 2.

Gilead, entre beauté et horreur

« Ils n’auraient jamais dû nous donner des uniformes s’ils ne voulaient pas qu’on soit une armée. » 

L’esthétisme de cette saison 2 est encore plus saisissant que la saison 1. Un véritable tableau vivant, réalisé avec un soin particulier et une parfaite cohérence, servi par des mises au point ultra-précises. En s’adjoignant les services de réalisateurs comme Jeremy Podeswa (La bataille des Bâtards dans Game Of Thrones), le show est encore plus impressionnant. Le contraste entre les couleurs est toujours présent et continue d’alimenter cette impression d’asphyxie collective représentative d’une société malsaine. Tout est travaillé dans les moindres détails, de la position d’un personnage au choix du plan utilisé.

Toujours ce ton sombre, éclairée par une lumière blanche très terne.

Le show est loin de se considérer comme une série divertissante, et la saison 2 nous le rappelle avec un ton plus sombre, à l’image d’événements qui jouent avec vos nerfs où l’on passe du soulagement à une violence psychologique nous ramenant à la dureté de la série.

The Handmaid’s Tale est toujours aussi déterminé à faire passer son message et ses idées. Non seulement via une grande œuvre féministe dénonçant de réels problèmes sociétaux, mais aussi en se payant le luxe d’aborder de nouvelles thématiques comme la politique. En s’émancipant du roman, la série prend la liberté d’aller beaucoup plus loin dans le débat en traitant des sujets plus vastes et sensibles.

En continuant sur sa lancée tout en élargissant ses horizons, la saison 2 de The Handmaid’s Tale a pris les risques qui s’imposaient et arrive donc à se renouveler de façon fort ingénieuse. Les qualités visuelles et techniques du show, au travers ses tons décomposés et sa réalisation détaillée, n’est plus à prouver. On déplorera quelques baisses de rythme, surement dû au choix de passer de 10 épisodes à 13. Malgré ce détail, la série de Bruce Miller est de toute évidence l’une des créations les plus passionnantes, envoûtantes et engagées de ces dernières années. On brûle d’impatience de découvrir la suite du show…

The Handmaid's Tales saison 2

Kult
The Handmaid's Tales saison 2
9

Lear

9.0 /10

On a aimé

  • Des prises de risques bien senties
  • L'écriture des personnages, mature et complexe
  • Un rythme plus soutenu que la saison 1
  • Des qualités visuelles et techniques hors du commun
  • Les sujets de société variés et pertinents

On a moins aimé

  • Le format en 13 épisodes qui entraîne quelques longueurs

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