Critique Altered Carbon saison 1, une série originale Netflix avec comme showrunner Laeta Kalogridis, par Vin’s. Diffusée sur Netflix depuis le 02 février 2018.

Altered Carbon (Carbone Modifié) est une adaptation du roman éponyme de Richard K. Morgan, un écrivain de science-fiction britannique dont l’idée favorite est que, peu importe le système économique ou politique dans lequel nous vivons, il y aura toujours des personnes assez impitoyables pour accumuler le plus de pouvoir et de richesse possible. Et il y a peu que nous ne puissions faire, seulement être conscient du problème et essayer de s’en sortir malgré tout.

Altered Carbon est un roman cyberpunk qui prend place dans un futur où notre conscience à été numérisée et est stockée dans une « pile corticale » placée dans notre nuque. Son développement à rendu la mort caduque, transformant nos corps en de simples « enveloppes ». Désormais, elle ne signifie qu’un simple transfert d’un corps à un autre. Takeshi Kovacs est un mercenaire, un « diplo » qui se réveille 300 ans après que son enveloppe est été tuée dans un monde qui a changé et dans un corps bien différent. Interprété par Joel Kinnaman (House of Cards, The Killing, Robocop 2014) il n’a que deux options qui s’offrent à lui : retourner au réfrigérateur et passer le reste de sa vie dans une prison ; ou résoudre l’affaire du meurtre de Laurens Bancroft, un des hommes les plus riche sur terre, un « Math » âgé de plus 360 ans, responsable de son retour…

critique altered carbon
Pour les chanceux doté d’une installation 4K / HDR, vous allez en prendre plein les mirettes.

Dès son premier épisode, et même pour ceux qui ne se retrouveront pas dans la proposition, il vous sera bien difficile de critiquer l’ambition de la série. Bien que des chiffres précis n’aient pas encore été dévoilés, Kinnaman l’a qualifié de « monde doté d’un budget plus important que les trois premières saisons de Game of Thrones ». Altered Carbon est clairement une série Netflix que vous ne devez pas voir sur une tablette ou un écran de smart-phone. Le show prend toute son ampleur sur un grand écran afin d’apprécier correctement les excès de Bay City, une mégalopole néon-noir Blade Runner-esque aux édifices massifs et étincelants qui s’étendent au-dessus des nuages.

La science-fiction sur nos petites lucarnes souffre d’un petit problème ses dernières années, nous sommes gâtés par ce que le cinéma peut nous offrir en terme de visuel, et une série fait souvent pâle figure en comparaison. Altered Carbon n’est peut-être pas comparable à Blade Runner 2049, sorti l’année dernière, mais il s’agît d’une avancée impressionnante par rapport à ce que l’on peut voir habituellement. Cependant, la photographie doté d’une esthétique incroyable ne fait pas tout, et il y a aussi quelque chose de délicieux dans l’intrigue. Outre la nudité, la violence ou encore la bêtise qui peuvent parfois être gratuites, le scénario n’oublie pas de distiller des propos et des réflexions sur l’évolution de notre société, car le futur ne fait pas dans la demi-mesure !

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Cyberpunk 2384

Richard K. Morgan et son œuvre sont en effet les dignes représentant du mouvement post-cyberpunk. L’intérêt de son récit est basé sur les questions posées quand la conscience est déconnectée du corps, tiré directement du mouvement de science-fiction connu sous le nom de cyberpunk, apparut dans les années 80 avec un auteur tel que William Gibson et son œuvre Neuromancer. Si vous vous posez la question à savoir ce que c’est, pensez aux dignes représentant du genre que sont Matrix, Total Recall, ou encore Ghost in the Shell. La chose la plus intelligente qu’Altered Carbon fasse, c’est de mélanger ces nombreuses inspirations pour donner une recette qui a sa propre saveur. Le post-cyberpunk, quant à lui, c’est la deuxième vague apparue aux début des années 2000, et le roman dépeint un monde où tous les codes et les curseurs du genre ont été poussés à fond.

La rareté de la mort a donc changé la société (si votre pile corticale est détruite c’est game over, sauf si vous avez une sauvegarde dans le cloud). Une idée simple et toute bête qui donne naissance à une myriade de concepts tous aussi dingues les uns que les autres. Derrière son côté action parfois bourrin, il se trouve que la série installe des concepts (et dérives) tout au long de sa durée, en commençant par les plus élémentaires avant d’attaquer les plus délirants.

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Seulement Altered Carbon joue énormément sur ses images en cherchant à impliquer son spectateur au maximum. Bien qu’elles soient magnifiques, des idées ne sont montrées, et des termes ne sont prononcés qu’une seule fois. Ils reviennent plus tard sous forme d’abréviation, en statuant que le spectateur les a intégrés. Si l’idée d’une série qui fasse confiance à son spectateur est plaisante, elle est parfois difficile à suivre et certains pourraient se retrouver sur le bas-côté, perdu dans cet univers riche et complexe. Surtout pour quelqu’un ne connaissant pas ou peu les codes du genre.

Les histoires les plus passionnantes sont celles qui nous sont assez familière pour nous permettre de nous perdre dans leur méandres, tout en nous emmenant dans des directions inattendues afin de nous maintenir captivé. Altered Carbon n’y parvient pas à tout les instants, la série s’attarde parfois sur des ambiances ou des mini intrigues qui ralentissent son rythme sur quelques épisodes. Cependant, elle retrouve son équilibre assez vite avec l’avancée de son récit, et quand c’est le cas, la série devient sacrément intéressante, passionnante et divertissante à suivre.

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Transhumanisme déshumanisé

Comme le raconte la showrunneuse Laeta Kalogridis : « L’histoire est fondamentalement humaine, même les technologies les plus avancées qui révolutionnent nos vies et notre monde ne nous changent pas fondamentalement. Elles modifient notre quotidien mais pas nos instincts. Altered Carbon critique notre capacité à inventer de nouvelles technologies sans penser aux dilemmes moraux qu’elles peuvent engendrer. Le progrès devance souvent la morale. »

critique altered carbonIl est en effet terriblement plaisant de plonger dans le monde d’Altered Carbon, surtout quand la série commence à jouer avec ce qui fait un être humain. Qu’advient-il quand le corps humain ne devient plus qu’un produit, au sens littéral, quand vous le dévaluez tellement qu’il en est qu’une simple publicité pour lui-même ? C’est ce genre de propos qui permet de passer facilement sur les moments les plus faibles de la série. Kalogridis et ses co-scénaristes ont semble t’il eu beaucoup de plaisir à feuilleter le monde de Morgan pour construire le leur avec certains ajouts intéressants. En plus d’une deuxième partie de la saison qui s’attarde sur l’expression des côtés les plus sombres de la cruauté humaine, la narration évolue différemment que dans les premiers épisodes grâce à la façon dont l’histoire de Kovacs, passée et présente, s’imbrique peu à peu dans une machination beaucoup plus grande, liée à d’autres personnages qui ne ressemble en rien aux héros de science-fiction typiques, et qui vient mettre en valeur un casting des plus réussi.

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Joel Kinnaman est simplement le parfait physique pour l’enveloppe de détective désabusé de Takeshi Kovacs, son jeu apporte ce sentiment de décalage entre l’esprit et le corps, l’un des thèmes centraux de l’œuvre. Une vraie bonne performance pour lui qui trouve enfin un rôle à sa mesure depuis Robocop, sans oublier Will Yun Lee, lui aussi très convaincant en Kovacs original. La série possède un héros charismatique et intéressant à découvrir puis à suivre. La force du récit est d’ailleurs souligné par des personnages secondaires qui ne sont pas en reste.

L’hôtel miteux (parfait pour le genre polar noir) où Kovacs est domicilié, le Raven, est géré par Chris Conner, super en IA basée sur le modèle d’Edgar Allen Poe et maniant un méchant fusil de chasse. Incarnée par Martha Higareda, la détective passionnée Kristin Ortega et sa famille néo-catholique qui refuse la vie éternelle donne une réflexion poussée sur la place de la foi dans cet univers. Le couple Elliot et leur fille prisonnière de la réalité virtuelle, donne quant à eux une sous intrigue supplémentaire sur le traumatisme mental et le champ de distorsion de la réalité que peut engendrer la VR. Seule Reileen Kawahara, jouée par Dichen Lachman semble parfois un peu faible sur certains dialogues et certaines scènes, elle a su néanmoins rester convaincante sur les moments clés et relate un propos sur la mobilité sociale. Les Maths, terme provenant de Mathusalem (ndl : personnage de la bible qui aurait vécu 969 ans) apporte aussi cette réflexion sur des humains ayant dépassé leur condition naturelle. James Purefoy livre une prestation plaisante pour Laurens Bancroft, personnage sinistre, effrayant mais également troublant en plus vieux représentant d’une caste qui, après avoir vécu plusieurs siècles, et expérimenté toutes sortes de loisirs et autres plaisirs, a développé une distanciation avec l’espèce humaine, la morale, la vie et bien évidemment la mort.

Laeta Kalogridis et ses équipes ont su trouver comment manier un récit intéressant, un mystère à résoudre, des personnages attachants et captivants, un univers fascinant et un plan final désespéré pour donner une forme de tout à cette première saison. Malgré quelques petites longueurs, une utilisation disparate de la voix-off et des concepts sous-exploités, le spectateur fasciné tombera sous le charme d’une direction artistique à tomber, d’acteurs convaincants et d’une écriture solide. Altered Carbon utilise également la science-fiction et ses codes habilement pour parler du monde dans lequel nous vivons et son fonctionnement, nous donnant des pistes de réflexion sur ce que l’évolution de notre société et de ses inégalités pourrait donner d’ici quelques centaines d’années. La fin est d’ailleurs parfaitement représentatif du genre noir, pleine de rebondissements sombres, elle vient clarifier l’univers moral de la série en soulignant finalement l’importance de la mort pour l’expérience humaine. Vivement la saison 2 !

Altered Carbon

7.5

Vin's

8.0/10

Lear

7.0/10

On a aimé

  • Une direction artistique incroyable
  • Quelle ambiance !
  • La performance de Joel Kinnaman
  • Les personnages secondaires

On a moins aimé

  • Peut perdre certains spectateurs
  • Certaines idées sous-exploitées

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