Kaamelott — la série télévisée — est achevée depuis 9 ans, et depuis cette date, on trépigne d’impatience en attendant la trilogie de film qui devrait comporter une ellipse comparable à celle de notre attente. Les tribulations de cette saga semblent aussi interminables que la quête du Graal et incompréhensibles que les règles du Cul de Chouette. Heureusement, il reste Kaamelott — la bande dessinée — permettant aux plus dépendants d’entre nous de survivre jusqu’à l’arrivée d’Arthur et ses chevaliers dans les salles obscures.

La bande dessinée Kaamelott aux éditions Casterman est dessinée par Steven Dupré et écrite par… Alexandre Astier. Difficile de trouver scénariste plus crédible que le créateur de la série télévisée du même nom. À noter que l’illustrateur belge, ne connaissait pas Kaamelott avant qu’on lui commande des planches d’essai. En ce qui concerne le style de Dupré, on aime ou on n’aime pas, mais le taf est fait.

L’avant-propos — présent au début de chaque album — nous apprend que « Cette aventure contemporaine du Livre I de la série télévisée s’inscrit dans la grande épopée de Kaamelott, alors qu’Arthur vient de construire sa forteresse et d’instituer les réunions de la Table Ronde ».

Pour rappel, le livre I correspond à la première saison de la série, une entente cordiale règne au sein du groupe de personnage, du moins aussi cordiale que possible. Le Graal et les missions de la Dame du Lac revêtent encore leurs importances, les mariages sont toujours en place tout comme les amitiés et la fidélité à Arthur, Roi de Bretagne. En résumé, la BD se déroule au moment où les chevaliers se distinguent par des quêtes personnelles.

Le tableau étant dressé, que vaut cette saga composée à l’heure actuelle de huit tomes ?

Le dernier titre : L’Antre du Basilic est sorti cette année et fera l’objet d’une critique à part.

L’Armée du Nécromant — Tome 1
Le roi Arthur qui est venu vous botter le cul.

La pression était forte pour ce premier tome. Premier constat rassurant, l’humour d’Alexandre Astier est bien là, lorsque Léodagan nous sort une boutade minimisant la présence de zombies aux portes du château. On a l’impression de voir Lionel Astier s’exprimer, un os de poulet en bouche.

Côté dessin : Dupré le dessinateur fait un travail excellent. Les personnages ressemblent énormément aux acteurs de la série à quelques exceptions, notamment les personnages féminins. Le reste du dessin est très coloré et réaliste en même temps, un vrai plaisir pour les yeux. Il nous permet de savourer le château et ses environs sous un angle plus large.

Côté histoire : C’est là que le bât blesse, bien que dans la première partie de l’intrigue on suit facilement les chevaliers dans leur périple. Des zombies descendent de la montagne de plus en plus régulièrement, de plus en plus nombreux, et piétinent les cultures des paysans, les saligauds. Oui, ils ne sont pas plus dangereux que ça, du moins pour le moment. La petite bande au grand complet remonte la piste de ces inopportuns. Arthur, Lancelot, Perceval et les autres, tous réunis dans une même quête. Enfin réunis… en deux groupes, faudrait pas abuser. Comme le titre l’indique, il est bien question de l’armée du nécromant qu’il faudra donc stopper. Cette mission se révèle finalement peu palpitante, reste l’humour des personnages vraiment jouissif.

Pour conclure, c’est un tome très plaisant à lire, mais l’histoire n’a pas beaucoup d’intérêt. On passe beaucoup de temps à chercher les acteurs de la série, ce qui est logique, mais empêche probablement de savourer l’œuvre comme il se doit.

Les Sièges de Transport — Tome 2
C’est pas de la sorcellerie, ça, peut-être ?

Si vous connaissez par cœur les épisodes de Kaamelott, sachez que l’on parle des Sièges de Transport dans l’épisode « Le Chaudron Rutilant ». En mission pour le Roi Arthur, Perceval se rend… à la taverne du coin et résume au détour de la conversation ses péripéties passées avec les sièges de transport. Épisode à ne pas regarder avant de lire ce titre, une partie de l’intrigue y est révélée.

Côté dessin, Dupré est encore très bon, de la Bretagne au Languedoc, on voyage avec lui sans avoir besoin de tabouret magique. À partir de ce tome, les traits des personnages s’éloignent un peu des acteurs et ce n’est pas toujours un mal. On se concentre sur l’histoire et sur les personnages sans chercher les mimiques que l’on connaît par cœur.

Côté histoire à présent, ce tome est — à mes yeux — le meilleur de tous. Si vous ne deviez en lire qu’un, c’est celui-ci. Les méchants sont des Vikings quittant leurs neiges natales en quête d’objets magiques, dont un tabouret magique. Au même moment, Arthur, sur ordre de la Dame du Lac, a envoyé des hommes de confiance — Karadoc et Perceval — quérir le second tabouret magique soigneusement gardé en Bretagne par une vieille grimace, pour citer Perceval. D’ailleurs si Perceval et Karadoc se paument systématiquement, c’est probablement à cause d’un glandu de sorcier. Quelle autre explication pourrait bien tenir la route ? Épuisé et paumé, ignorant les recommandations de la vieille grimace, Perceval s’installe sur le tabouret pour se retrouver sur le tabouret nouvellement acquis par les Vikings dans le Languedoc. Pendant que Perceval visite l’Europe, Arthur parcourt le château en quête d’un espace pour travailler. D’oignon en pigeons, le tout aidé par des pignoufs, l’épreuve est plus compliquée que prévu.

L’ensemble est très drôle, les personnages sont parfaitement Kaamelottiens et les aventures se suivent sans problème. La conclusion peut cependant sembler abrupte.

L’Énigme du coffre — Tome 3
Et ça, c’est balaise.

Cette histoire se déroule entre le château de Kaamelott et les mines d’or situées à deux jours de voyage.

Côté dessin : Dupré s’éloigne encore plus des acteurs dans les traits des visages. La pluie est particulièrement bien rendue tout comme la violence percutante des chevaux. Les couleurs fades qui signalent le flash-back sont peut-être un peu trop ternes.

Côté histoire: Le flash-back justement, il présente assez peu d’intérêt. Outre celui de démarrer l’intrigue par une course-poursuite autour de la mine s’achevant par la mort du fuyard. On découvre par la suite la raison de la présence de Lancelot, Perceval et Karadoc dans ces mines d’or. Les convois d’or ne parviennent plus jusqu’au château et Arthur décide d’envoyer une équipe : Lancelot et les deux volontaires. Après deux jours de voyage où Perceval et Karadoc saisissent enfin le danger qui les attend, notre trio rencontre les mineurs et leur chef : un semi-orque en fauteuil roulant. L’orque vert n’inspire pas vraiment confiance et convie trois de ses hommes à rejoindre notre escadron sur le chemin du convoi précédemment « attaqué ». Trois morts plus tard, Arthur et Léodagan se rallient à notre équipe d’enquêteurs. Karadoc et Perceval nous présentent alors l’une de leurs techniques de combat à base de force circulaire. À défaut d’être convaincante, la démonstration relance l’enquête. Jusqu’à la fameuse énigme du coffre, dont la résolution et le décor font un peu penser à un vieux jeu vidéo. On peut même rejouer en cas d’échec.

Pour résumer, l’histoire est très fantastique, le format de la bande dessinée permet à A. Astier de nous offrir un orque paraplégique, une créature enchantée et un décor de mine vertigineux. L’histoire se dévore d’une traite, le scénario est bien ficelé malgré quelques situations prévisibles. L’humour est toujours présent, mais le manque de petites phrases délectables se fait sentir. Karadoc et Perceval, en traîne-savates permanents, se révèlent plus autoritaires que jamais et parviennent à se montrer efficaces, malgré eux. À noter que ce tome ne réussit absolument pas le test de Bechdel aucune femme n’apparaît au fil des cases. Une aventure bien couillue en somme.

Perceval et le Dragon d’Airain — Tome 4
Ne vous inquiétez pas, je m’occupe de tout.

Perceval est une nouvelle fois mis à l’honneur dans ce tome dans une quête mettant en avant le personnage et toutes ses facettes drolatiques, affables et légendaires. En opposition avec le personnage de Lancelot, chevalier pédant plus traditionnel.

Côté dessin : Le dessinateur belge nous offre ici un Dragon d’Airain sublime, tout en métal, gorgé d’expressions. Ce dragon issu de l’univers de Donjons et Dragons s’adapte parfaitement à l’imagerie médiévale de Kaamelott. Un gros bémol pour Lancelot qu’on peine à reconnaître.

Côté histoire : Un dragon terrorise des villageois ; le chevalier le plus émérite — prétentieux —, Lancelot est envoyé sur place pour s’occuper de tout. Perceval et Karadoc s’entraînent comme des malades et insistent auprès du roi pour se rendre, eux aussi, là où il y a du grabuge, en vain. Perceval persuadé qu’un dragon c’est pas dangereux, se fâche avec Karadoc qui soutient le contraire. Ce conflit entre les deux acolytes perdure tout le tome, gâchant l’humour complice des deux personnages. Cette opposition entre les deux permet un recadrage sur Perceval lui offrant toute sa dimension héroïque. En solitaire, Provençal le Gaulois rencontre enfin l’un de ces vieux hyper mystérieux préalablement snobé par Lancelot du Lac. Secondé par son furet de guerre, Perceval s’acquittera de cette quête du Dragon d’Airain, devançant Lancelot.

Cette histoire met les cons en avant parce que c’est bien connu, il faut se méfier des cons, y’en a qui vont plus loin qu’on ne le pense. L’histoire est bien menée, le rythme ne faiblit pas et plaira aux adeptes de Kaamelott et aux autres. On peut néanmoins blâmer les fusils répétés, indiquant quelles pistes vont suivre l’intrigue. Un manque d’humour se fait également sentir. Lancelot est plus insupportable que jamais, à la limite de la caricature. Loin d’être le meilleur tome, l’histoire se lit cependant avec plaisir. Sa résolution, bien que partiellement prévisible, reste jouissive.

Le Serpent Géant du Lac de l’Ombre — Tome 5
Écoutez-moi bien les comiques !

Tout comme les sièges de transport, il est fait mention du serpent Géant du Lac de l’Ombre dans un épisode de Kaamelott (154 — Le Serpent Géant). La première planche reprend mot à mot une partie de l’épisode.

Côté dessin : Dame Mevanwi est méconnaissable, il faut la voir s’adresser à Karadoc et lui piquer subtilement du pognon pour en déduire qu’il s’agit bien d’elle. Dupré semble peiner à représenter plus fidèlement les femmes.

Côté histoire : Suite à un malentendu sur la taille supposée d’un serpent géant, Perceval et Karadoc se retapent leur mission en Calédonie, royaume de Calogrenant. Ils s’exécutent à contrecœur puisqu’ils ont déjà attrapé l’anguille qui menace les villageois, même qu’ils leur ont offert du potage. Les discussions entre Karadoc et Perceval sur le prestige et la droiture sont simplement délectables. La rencontre avec les nains asiatiques ingénieurs, encore plus. S’ensuivent les tentatives de nos deux chevaliers pour capturer le monstre, où l’apercevoir semble leur prendre un temps aberrant. Équipés d’une éprouvette, ils finissent enfin par réaliser qu’ils ont un peu sous-estimé le problème. Sans se décourager, ils s’arment de tourtes au fromage et retentent leur chance jusqu’au dénouement.

Si l’histoire n’est pas des plus intrépides, elle a le mérite d’être la plus hilarante. La fameuse légende du loch Ness est bien servie et nous offre une conclusion à l’image de nos héros : un échec qui réussit. Un bémol sur la caricature des Calédoniens, arborant un roux flamboyant et des kilts aux motifs tartans pour un résultat à la « Astérix » que les précédents tomes n’avaient pas.

Le Duel des Mages — Tome 6
La barbe, ça impressionne

Ce duel des mages met en scène le gratin gratiné de Kaamelott en excursion pour assister au duel des enchanteurs de la série : Merlin et Elias de Kelliwic’h.

Côté dessin : Toute l’attitude de Guenièvre semble un peu ratée, mais le pire reste Calogrenant arborant pour ce tome un visage entre Dany Boon et Gargamel. Pour le reste, Dupré fait le taf.

Côté histoire : La première planche de l’album représente les dirigeants des armées de Kaamelott devant un affrontement, une scène récurrente dans la série. Privilège de la bande dessinée, on assiste ensuite à la bataille durant laquelle personne ne comprend rien aux drapeaux. Pour se tirer de ce combat mal engagé, une seule solution, Merlin. Manque de bol, le druide n’est pas à la hauteur des espérances du Roi Arthur et toute la troupe rentre à Kaamelott couvert de fientes d’oiseaux, le dernier prodige de Merlin. Après un débat houleux, les chevaliers décident d’imposer un duel à Merlin, s’il ne vainc pas son adversaire, il sera révoqué. Bien qu’il soit fait mention de candidats, l’identité de celui qui affrontera le druide nous est donnée dès la couverture : Elias de Kelliwic’h.

La rivalité et la différence de style entre les deux enchanteurs sont marquées tout au long de l’album, à commencer par l’annonce de la tenue du duel. Merlin chute de son arbre, aidé par un gadin de Lancelot. Le druide tombant de son arbre évoque naturellement un collègue plus gaulois : Panoramix. Pour Elias, c’est Bohort qui, au milieu d’un carnage sanglant, vient lui annoncer la nouvelle du duel. Caustique à souhait, Elias ne semble pas vraiment intéressé de prime abord. L’enchanteur cherchant plutôt à retirer la colonne vertébrale d’un cadavre. Cette opposition se retrouve également dans l’identité des deux assistants, ceux d’Elias sont deux créatures mutiques, renforçant la normalité fantastique ambiante. Alors que ceux de Merlin sont Perceval et Karadoc stoppant leurs attaques au seau de coings pour l’occasion.

Moqueries, sarcasmes et empoignades verbales rythment cet album savoureux, la magie présente et le style fantasy y est totalement assumé et réussi. L’histoire, résolument cocasse, garde une issue somme toute prévisible. On ne peut pas nier après cet épisode que Merlin possède bien des pouvoirs et dans l’univers d’Astier, c’est bien le plus surprenant.

Contre-attaque en Carmélide — Tome 7
Allez les feignasses

En visite en Carmélide chez ses beaux-parents, Arthur assiste à l’attaque de mystérieux peinturlurés, en provenance des côtes. Arthur, las du comportement de Léodagan, décide de retourner à Kaamelott, histoire de gérer les choses de là-bas. Manque de bol, Guenièvre se fait enlever sur la route.

Côté dessin : Les combats sont très bien faits, beaucoup de personnages se partagent les cases sans que cela soit trop fouillis. Guenièvre à une allure plus dégourdie dans cet opus, trop même. Dame Seli n’est pas très bien rendue, une constante pour les personnages féminins. Dans l’ensemble, les personnages s’empattent et Lancelot gagne un visage encore plus disgracieux. Les rois de Bretagne, pour leurs apparitions fugaces et nombreuses, auraient mérité de coller un peu plus aux acteurs. On perd du temps à essayer de les situer.

Côté histoire : Ce scénario est très simple : Guenièvre a été enlevée par des méchants sur des bateaux qui attaquent la Carmélide. Ce n’est vraiment pas plus compliqué que ça, pourtant on se retrouve avec une foule de personnages secondaires au rôle moindre. Nous avons droit à un aperçu de chaque roi fédéré, sorte d’introduction au combat à venir. Trop long, ça casse le récit et c’est trop court pour soulever un véritable intérêt. La demi-sœur d’Arthur apparaît quelques instants pour une séquence certes amusante, mais à un moment où l’on se perd à identifier tous ces personnages. Un acte manqué parmi de très nombreux autres. Perceval, Karadoc et Merlin apparaissent rapidement, mais trouvent le temps d’être des boulets de première.

Le problème majeur de ce tome, c’est le temps. Aux dernières nouvelles, pour se pointer d’Armorique à la Carmélide avec une armée ça prend un peu plus que deux heures. Pourtant, en parcourant les pages il semble que le temps s’accélère, ça court dans tous les sens donnant un aspect vif à l’action. Alors qu’en toute logique, l’action se déroule au grand minimum sur quinze jours, cet aspect n’est pas du tout rendu. De quoi donner des idées aux scénaristes de Games of Thrones. Et durant tout ce temps, les ennemis ne bougent pas d’un pouce, ils installent le siège… pendant quinze jours. Sans se douter que la Carmélide va peut-être bien appeler des alliés et qu’il serait judicieux de se bouger.

Revenons maintenant un instant sur Guenièvre. Dans le tome précédent, elle est marrante à ses dépens comme souvent, son côté gourde est vraiment poussé à l’excès. Là, nous avons le contraire, elle s’agite, grogne, se fâche, se « bat », certes c’est un côté de Guenièvre que l’on peut voir dans la série, mais seulement après son périple dans les bois avec Lancelot. Dame Séli pour sa première vraie apparition est parfaite, ses petites phrases tombent très juste. Léodagan et Gustan, sont égaux à eux-mêmes. Reste leur entêtement un peu agaçant qui nous laisse deviner le dénouement.

Conclusion — C’est pas faux

En conclusion, cette bande dessinée s’adresse à tous les fans de Kaamelott et les autres. Les non-initiés à l’univers d’Astier pourront suivre les intrigues des premiers tomes, le rôle de chaque personnage étant dévoilé progressivement. C’est moins vrai pour le tome 7 où la masse de nouveaux personnages secondaires égarera même les habitués.

Le style de Dupré fonctionne, néanmoins, il semblerait que son trait perde en qualité au fil des années. Aucun personnage féminin n’est correctement représenté et les personnages masculins sont de plus en plus proches de la caricature. Le visage de Karadoc finit crayonné en une boule fade. Celui de Lancelot finit bourré d’agressivité.

Le dénouement de chacune des histoires est assez prévisible. Mais l’univers d’Astier est plutôt bien respecté. Mention spéciale pour les petites répliques qui semble sortir tout droit de la bouche des acteurs. Astier profite de toutes les possibilités du format pour basculer sa saga dans un complet monde d’héroic fantasy.

7

Anatole

7.0 /10

On a aimé

  • On se marre bien
  • L'esprit de Kaamelott est là
  • Trait qui s'éloigne progressivement du portrait pure et simple
  • De l'héroic Fantasy Français qui tient la route

On a moins aimé

  • Qualité inégale d'un tome à l'autre
  • Trop de Perceval et Karadoc
  • Certains dessins des personnages finissent en caricature

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