Cela fait presque 10 ans que l’on n’avait pas eu le droit à un véritable jeu d’aventure Star Wars ! L’annulation de 1313 après une vidéo qui donnait bien envie ou encore le projet Ragtag de Visceral Games enterré par EA sans qu’on en est vu grand-chose sonnaient comme une malédiction pour la licence. Il y a deux ans le scandale de Battlefront 2 et son équilibrage/modèle économique douteux mal équilibré finissait d’achever nos attentes… Tous ces événements – certainement suivi d’un rappel par une certaine souris venue tirer les oreilles d’Electronics Arts – ont fait de ce Jedi Fallen Order développé par Respawn Entertainment le dernier espoir que l’on attend tous. Une communication hasardeuse et des fans prudents depuis, le temps du verdict est venu. La leçon a-t-elle été retenue pour l’éditeur souvent trop gourmand ?

Tel que promis, il n’y a pas de lootbox, pas de monnaie genre cristaux ou gemmes, aucune douille ne cherche à être glissé pour vous soutirer des deniers de plus, c’est un vrai jeu solo d’action et d’aventure. Difficile de croire que c’est EA qui est derrière, surtout que le moteur si cher à l’éditeur, ce cher Frosbite, n’a pas été forcé utilisé. Tout ceci pour le mieux. Qui dit aventure dit histoire, situé entre les épisode 3 et 4, on y incarne donc Cal Kestis, un jeune padawan dont la formation Jedi n’a pu être terminée. L’orde 66 de l’Empereur Palpatine est passé par là. Sur Bracca, alors que le jeune homme se planque et s’est refait une vie de ferrailleur, la Deuxième sœur et les Purge Trooper découvre son identité. Prenant la fuite, Cal se lance alors dans une cavale et rencontre une ancienne maître Jedi…

Le réveil des forces

Les ombres de Nathan Drake et de Lara Croft planent sur Cal Kestis, comme on pouvait s’en doutait à la vue des vidéos de gameplay diffusées. Respawn s’est grandement inspiré des sagas de Naughty Dog et de Crystal Dynamics et ce n’est pas pour nous déplaire. Notre jeune héros va même reprendre le côté archéologue de Nathan et Lara en cherchant à mettre la main sur un vieil artefact Jedi. On alterne donc entre exploration, petites énigmes, grimpettes et combats. La structure de l’exploration est empruntée au Metroidvania. Avec le Mantis, un vaisseau mis à notre disposition, c’est sur quatre planètes principales ainsi que quatre planètes annexes qu’on peut se rendre, le jeu se trouve être plus ouvert que ces modèles puisqu’on peut voyager entre les planètes à notre guise.

Via la progression de Cal dans ses pouvoirs liés à la Force et grâce à de nouvelles capacités (ex : la tyrolienne de BD-1) vous aurez accès à des endroits jusqu’alors inaccessible. Passages secrets, raccourcis des familles, itinéraire alternatif, tout y est. La peur d’inévitables allers et retours inhérents au genre vous prends soudainement ? N’ayez crainte, en suivant l’histoire vous n’aurez pas à vous rendre dans plusieurs lieux pour continuer. Chaque fois que l’histoire vous fera revenir sur une planète déjà visitée, ce ne sera pas pour rien, car c’est bien plusieurs nouvelles zones qui vous seront ouvertes. Une façon de concevoir le genre pour le grand public. Les plus fouineurs pourront quant à eux revenir à tout moment à bords du Mantis et se rendre dans un décor déjà connu, afin de chercher tous les secrets et bonus secondaires disséminés dans les recoins. Boss cachés, amélioration de vos jauges ainsi qu’un tas d’objets cosmétiques vous attendent. L’occasion de personnaliser BD-1, votre vaisseau ou encore votre sabre laser (et ça c’est classe). Bref, hardcore ou casual, il y en a pour tous les goûts. Un bon travail d’adaptation à ses différents publics. Intelligent.

« Personne par la guerre, ne devient grand »

L’histoire du jeu ne fera pas forcément date dans le médium – la faute à une écriture pas vraiment transcendantale – mais elle nous est racontée de manière assez intéressante pour que l’envie d’avancer soit là. C’est lors de son final tout en montée en puissance qu’un souffle épique bienvenu se dégage de Jedi Fallen Order. Le scénario reste classique mais a le mérite d’être du « vrai » Star Wars, canon et respectueux de la Licence. Seuls quelques fan services bien gratos écorchent un peu la cohérence mais rien de grave.

Cal Kestis, a qui Cameron Monaghan prête ses traits, est un héros somme toute classique. Notre héros manque de charisme mais il finit par avoir ses bons moments, on s’y attache petit à petit. Ce sont les rôles secondaires les plus intéressants. Le petit droïde BD-1 est finalement bien plus qu’un gimmick, Greeze le pilote et Cere l’ancien Jedi sont eux un duo traditionnel pour la saga. Ils manquent un peu d’épaisseur mais l’ensemble forme un groupe charmant qui fonctionne bien. Merrin, qui intervient plus tard dans l’aventure, est le meilleur personnage et aurait mérité d’être plus approfondi. Dommage. À noter que l’on croise des invités de marque avec entre autres Saw Gerrera (Star Wars Rebels / Rogue One), interprété par l’excellent Forest Whitaker. Bref, un bon casting avec, cerise sur le gâteau, un doublage français cuisiné aux petits oignons. Vous voyez que c’est possible.

Des inspiration de la bordure extérieure

Côté gameplay comme architecture, les inspirations proviennent du Japon. Cal ne peut sauvegarder qu’en méditant sur des sceaux disposés dans les monde que vous visitez. En s’y reposant on régénère ses stimulateurs de santé mais tous les ennemis de la zone réapparaissent. Si vous vous faites tuer, vous devrez aller récupérer votre expérience. Bref, la structure d’un souls bien connu des gamers. Tel Samus dans Metroid Prime vous avez la possibilité de scanner des éléments. Pour en apprendre plus sur le lore du titre, mais aussi pour apprendre comment aborder les combats et quelles techniques privilégier selon les différents ennemis.

Varié, le bestiaire de Jedi Fallen Order vous offrira donc l’occasion de découper de la bébête « à la Star Wars », voire de très (très) grosses bébêtes. Toujours un régal. Les différents stormtroopers sont divisés selon leurs armes et leurs rangs (capitaine, commandant…) et il faut s’adapter à la situation. Le combat au sabre, vient lui piocher du côté de Sekiro. S’il n’y a pas de jauge d’endurance, ce qui nous permets de rouler et d’esquiver sans se faire de soucis, Cal possède en revanche une jauge de garde. Le nombre de tirs ou de coups que l’on peut encaisser est limité. Les ennemis fonctionnent sur le même principe. Il faut faire en sorte de briser leur garde ou d’attendre une ouverture pour faire mal. Il vous faudra identifier les patterns, bien gérer vos parades, et surveiller votre santé qui peut partir (très) vite. Ajouter à ça une jauge de Force qui vous permet de faire des moves supplémentaires et plus puissants et vous obtenez une bonne surprise. Assez technique, le gameplay et un des vrais plaisirs du jeu, surtout à partir du moment où on a débloqué un arsenal de techniques qui incite à une forme de créativité pour se débarrasser des adversaires. L’on finit par nous donner à jouer des duels superbes où l’on ressent cette bonne tension.

« Fais-le ou ne le fais pas, il n’y a pas d’essai »

Le jeu est donc super tip top parfait ? Et bien non les kultos (oui c’est vous, vous êtes sur Sharekult). Certaines animations trop découpées, et qui ne s’enchaînent pas naturellement, sont ratées. Et avec une gestion de la distance étrange on finit par manquer un bon nombre de sauts. Pareil pour les accroches, que ce soit les lianes ou les corniches, on tombe alors que l’on voulait initialement s’agripper ou Cal ne les attrape pas. Un problème de hitboxes que l’on retrouve aussi dans les combats contre les petites créatures qui nous amène à frapper dans le vide. Énervant.

Dans ces combats le début du jeu est assez frustrant par manque de diversité d’approches. Et avec un studio qui s’inspirent aussi de From Software dans le placement des ennemis, que ce soit dans leurs nombres mais aussi leurs types ou leurs armes, c’est simple tout est fait pour venir vous en mettre plein la tronche. Les développeurs sont parfois trop vicieux et ne donnent pas les clés inutilement. Ajouter à ça un lock perfectible et une caméra hasardeuse qui vient aussi y mettre du sien et vous l’aurez compris, c’est parfois rageant. Un conseil : éliminer d’abord les tireurs et autres rocket-man, ces stormtroopers là savent viser (!).

Les défauts du titre sont d’ailleurs imputables au cœur de métier de Respawn Entertainment. Premier jeu du studio à la troisième personne, et donc premières plateformes, premiers combats au corps-à-corps et surtout première caméra. Parfois mal placée dans ses angles (pensez endroits exigus) ou carrément à la rue, elle vient renforcer l’idée d’un manque de maîtrise du sujet et alourdir le bilan de pas mal d’imprécisions. Des temps de chargement assez longs et quelques chutes de frame-rates viennent conforter cette idée également du côté technique. Toujours réussi dans son ambiance, parfois très beau, mais aussi parfois très moyen (Les wookies sont une farce) Jedi Fallen Order souffle le chaud et le froid de ce côté. L’on préférera retenir certaines architectures et panoramas ainsi que des réussites artistiques de hautes volées que l’on est en droit d’attendre d’un jeu vidéo Star Wars en 2019. À noter un travail sur le son remarquable, des musiques inspirées aux bruitage renforçant l’immersion, c’est clairement une des forces (héhé) du titre. Si vous êtes possesseurs de Home Cinema vous allez être aux anges.

Trailer de lancement en VF

Star Wars Jedi Fallen Order puise ces inspirations chez les grands. Comme on pouvait le pressentir, les inspirations unchartediennes collent très bien à l’univers Star Wars et donnent des moments qui offrent un divertissement plus que solide. Sans expérience, Respawn Entertainment délivre toutefois un produit qui souffre d’imprécisions et que quelques défauts qui, s’ils ne sont pas rébarbatifs pour autant, peuvent ennuyer. Le développeur a toutefois su réussir un mariage inattendu entre souls et metroidvania. Le titre donne à faire aux plus exigeants tout en restant plaisant pour ceux qui ne sont pas venus pour souffrir. Quand on sait qu’en plus avec le temps et l’avancement dans le jeu, le gameplay s’enrichit pour donner un véritable plaisir, on se laisse prendre à la proposition et on finit par découvrir des duels parfois spectaculaires. Enrobé dans un scénario et des personnages sympas, bien que classique et un peu léger, le tout plaît et on suit facilement l’intrigue qui nous emmène dans un final véritablement excellent. Une très bonnes nouvelles pour la licence en jeu vidéo, et si vous aimez la saga, vous vous y retrouverez aisément.

Testé sur PS4 Pro.

Star Wars Jedi Fallen Order

Bon
7.5

Vins

7.5/10

On a aimé

  • Le plaisir de jeu d'incarner un Jedi
  • Gameplay technique et combats stylisés
  • Une OST et un sound design qui régalent
  • Une structure efficace et un bon mélange de genre
  • Durée de vie et contenu très corrects

On a moins aimé

  • Une écriture un peu légère et une histoire classique
  • Des imprécisions énervantes
  • Une technique en dents de scie
  • Il y a des choses qui ne sont pas finies (certaines hitboxes, les wookies...)

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