Star Wars Les derniers Jedi divise, c’est le moins que l’on puisse dire. Si ses qualités en tant que film sont indiscutables (voir notre critique) certains choix restent néanmoins assez radicaux, et malgré le fait qu’ils soient une bonne réponse à un Réveil de la force trop consensuel et nostalgique, il ne faut pas omettre la puissance de la saga et le fait que pour beaucoup elle soit aussi un mythe. Explications.

La division est bien nette certes, mais la démarcation dans la typologie des spectateurs est bien moins évidente. Que cela soit du premier venu au super fan déguisé, en passant par les curieux et les passionnés, Star Wars à de ça qu’il rassemble beaucoup de profils, et on y trouve des détracteurs et des admirateurs dans tous les types de spectateurs. Mais alors pourquoi ?

Pour au moins deux générations de fans, qui étaient enfants ou adolescents au moment de la sortie de la trilogie ou de la prélogie, Star Wars à le pouvoir d’un mythe fondateur. La saga repose sur des schémas fondamentaux suffisamment puissant pour laisser une trace importante dans la construction de l’identité et la culture de l’individu. La différence principale étant que, contrairement aux récits religieux ou mystiques, il n’est pas cantonné au passé, la saga s’écrit également dans le présent, un présent qui se met à jour.

Et c’est déjà une première différence de point de vue. Une différence qui me permet aussi d’accepter et de reconnaître les critiques alors même que l’émotion a été très forte. Je suis assez honnête pour vous dire que la première chose qui me soit venu en tête en voyant Luke jeter son sabre avec désinvolture ou Leia voler dans l’espace a été : « Quoi ? » ou encore « WTF ?! ». J’ai cependant été tellement pris par la rencontre entre Rei et Luke, l’évolution de Kylo Ren qui se refuse à tuer la mère après avoir tué le père, la relation touchante entre nos deux jeunes tout comme la fuite continue de la Résistance pour sa survie avec un Poe génial pour ne pas m’être attardé dessus.

Il y a un postulat simple à comprendre pour cette nouvelle trilogie, on ne suit plus les tribulations de la famille Skywalker, mais bien celles de Ben Solo/Kylo Ren et de Rei, deux jeunes personnages en construction dont la vie est une double tragédie construite en miroir. Dans ce film, tout est question de choix, qu’il soit personnel, humain ou éthique, il est au centre du métrage de Rian Johnson. Toutes les actions de ses personnages sont conduites par des choix, et ils nous orientent vers le deuxième thème de cette épisode : l’échec.

Car tout est aussi question d’échec dans le dernier né de Lucasfilm, que cela soit l’assaut irraisonné de Poe tel un jeune chien fou au début du film, ou encore sa tentative de putsch, mais aussi la mission de Finn et de Rose sur Canto Bight, ou encore la tentative de Rei de faire revenir Kylo du côté lumineux. Tout échoue. Kylo Ren, torturé jusqu’aux larmes, meut par sa haine et ses propres contradiction induit par ses choix, ne parvient pas à perdre son côté humain pour embrasser une destinée de Sith. Il ne parvient pas aussi à oublier et à pardonner la maladresse et la peur de Luke, aujourd’hui accablé par cet échec qui était finalement inévitable, pour redevenir Ben Solo. Il faut d’ailleurs saluer la performance de Mark Hamill et celle d’Adam Driver, parfait dans son jeu sur le fil du miroir.

En parlant de miroir, c’est là que la construction du récit devient encore plus intéressante, car l’échec est aussi présent du côté obscur. Et comme Yoda le dit si bien : « On peut en tirer un enseignement ». Très dangereux car instable, et fascinant car compréhensible, Kylo Ren est aux antipodes du méchant traditionnel manichéen de la saga. C’est d’ailleurs son imprévisibilité si humaine qui fait que Snoke ne peut prédire son destin. Bien plus conventionnel dans l’esprit, il est toujours enfermé dans cette arrogance caractéristique des Jedi et des Sith.

Imparfait comme ses héros, le film est très intéressant et son histoire prenante et bien présente, même en enlevant les plans magnifiques que le film nous offre, le suicide par hyperespace en tête, tout comme les plans dispensables, tels ceux pour vendre des jouets et autres peluches.

Avec Les Derniers Jedi, Rian Johnson et Lucasfilm laisse nos deux personnages évoluer, douter et réinterpréter les anciens codes, bouleversant par-là cette galaxie très très lointaine. La conclusion y est d’ailleurs douce-amère, Kylo Ren est toujours rongé par sa haine malgré le départ de Luke (car il n’en était pas responsable), une lutte interne va faire rage pour la tête du Premier Ordre, la résistance n’existe plus et doit se reconstruire (sur ses quelques réminiscences), et enfin Rei est seule, livré à elle-même. On ne peut donc qu’être impatient de voir comment les choses vont se conclure dans le prochain chapitre, co-écrit par Chris Terrio et J.J. Abrams, revenu pour diriger le film après l’éviction de Colin Trevorrow.

1 COMMENTAIRE

  1. […] Impossible à louper, la sortie du huitième épisode de Star Wars a fait couler beaucoup d’encre, c’est peu de l’écrire. Si certains fans de la saga critiquent le film avec justesse et le recul nécessaire à l’exercice, il est facile de tomber sur des réactions complètement hypodermiques suite à son accueil. Cependant, une frange de ses fans apprécie également l’audace de Rian Johnson qui a décidé de sortir Star Wars de son carcan habituel. (n’hésitez pas à lire notre analyse plus complète) […]

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