Critique de Joker, sorti en salles le 09 octobre 2019. Film réalisé par Todd Phillips et produit par Warner. Critique sans spoiler par Vin’s.

Le projet avait de quoi inquiéter. Todd Phillips, le réalisateur de la trilogie Very Bad Trip, qui prenait les commandes d’un film centré sur le Joker ? Sérieusement ?! Sans compter qu’on apprenait également qu’il allait lui donner des origines alors que le flou autour de ce personnage est une de ses marques de fabrique. Vu les productions récentes DC chez Warner, on pouvait avoir peur.

Mais comme une lumière au bout du tunnel, c’est l’annonce de Joaquin Phoenix dans le rôle-titre qui me redonna espoir. L’acteur a toujours su choisir ses rôles, et son talent n’est plus à prouver. Mais le plus important semblait être la liberté créative dont le projet jouissait qui commençait à sentir bon. Et puis BOUM, la bande-annonce est tombée, et l’attente allait être longue… Alors, a-t-on le Joker que l’on mérite ?

« Talking to me ?! »

Une ombre plane au dessus du métrage de Phillips, celle de Martin Scorsese. La valse des pantins ou encore Taxi Driver sont irrémédiablement des inspirations fortes, et Joker est un hommage évident au Nouvel Hollywood de la fin des années 70. A l’heure des cahiers des charges et de l’emprise (trop) fortes des studios sur les productions, un tel film libre de sa tonalité fait plaisir à voir. Et il n’en fallait pas moins pour le Joker, ambigu dans son message comme le film qui le porte.

Les sujets dont le film traitent font de plus facilement écho avec notre société actuelle où la violence ordinaire, l’insécurité, le mépris des classes supérieurs et les inégalités toujours plus fortes augmentent la fracture sociale. Le ton est donné par la radio dès le début du film, chômage en hausse, violences, inégalités et un milliardaire dans la course à la mairie ; Cela rappelle tristement ce qui se passe pas si loin de chez nous. Gotham City devient alors une allégorie évidente d’un monde occidental au bord du gouffre, où la moindre étincelle peut mettre le feu, et où l’attente d’un messie se fait pressante, peu importe qui il soit. Un peuple poussé à bout est prêt à suivre n’importe qui.

Cette Gotham, crasseuse et en pleine déliquescence, est peinte et dépeinte par une photographie magnifique. Un théâtre parfait pour un film en accord avec son personnage. Le film joue en effet avec la relation au mythe que le clown incarne de manière fabuleuse, le rôle même du justicier masqué en tête. Nous sommes bel et bien dans un film de la saga Batman, et son affiliation avec The Killing Joke finira de vous en convaincre. Il est en effet difficile de croire tout ce que l’on vous raconte, au même titre que le Joker n’est pas digne de confiance, son film ne l’est pas vraiment non plus… Mais chuuut, pas de spoiler.

La sauvagerie de cette jungle urbaine où peine notre marginalisé est aussi remarquablement mise en valeur par une OST superbe de bout en bout, jonglant entre des notes lourdes et lancinantes, entraînantes ou anxiogènes. Les plages de Hildur Guðnadóttir sont impeccables pour accompagner la présence physique de l’acteur. Le réalisateur appui d’ailleurs l’interprétation avec des musiques dont les paroles jouent sur le désespoir et l’ironie de l’existence. Un vrai régal !

Le prince clown du crime est dans la place !

Mais parler du film sans parler de Joaquin Phoenix est inconcevable. Véritablement transformé pour le rôle, le « danseur de Gotham » crève l’écran de toute sa présence. Tantôt calme, drôle, ou tantôt gêné, perdu et agonisant dans un étouffement permanent, les moindres mimiques de l’acteur rentrent dans une performance monumentale. Que ce soit sa gestuelle, sa voix, son rire, il s’est transfiguré et mérite largement les récompenses déjà obtenues. Un seul de son regard changeant du tout au tout parvient à vous mettre des frissons ou à transmettre un large panel d’émotions.

Parfaite mise en scène d’une schizophrénie, le réalisateur sait nous distiller frissons alors que Phoenix livre une prestation qui fera date. Après un Jared Leto qui ne pouvait (et ne faisait) pas grand-chose pour sauver un Joker gangsta bling-bling bien pauvre dans le désastre Suicide Squad, on a enfin le Joker que l’on mérite plus de 10 ans après The Dark Knight. Malgré les récentes déclarations du metteur en scène sur le fait que cette apparition soit unique, on espère toutefois le revoir lors d’une confrontation avec son ennemi juré.

Sombre, violent, sans concession, le métrage de Todd Phillips nous narre avec brio une descente dans la folie interprétée par un Joaquin Phoenix captivant. Le film surprend même à nous faire rire dans des scènes violentes à la dimension pourtant tragique. Véritable hommage à un nouvel Hollywood qui fut trop court, Joker prouve que les comics peuvent donner de bien meilleurs films que de simples bouillies numériques ou la surenchère d’effets spéciaux donne le la. Assurément culte, Joker est un grand film !

Joker

Kult !
9.5

Vin's

9.5/10

On a aimé

  • Un acteur colossal
  • La relation au mythe
  • Impeccable plastique et ambiance
  • Un régal pour les oreilles
  • Un film sans concession qui va au bout de ses idées

On a moins aimé

  • Une morale que certains ne vont pas apprécier
  • On n'est pas sûr de revoir ce Joker là... (snif)

LAISSER UN COMMENTAIRE

Écrire votre commentaire !
Veuillez entrer votre nom