Critique Ready Player One, réalisé par Steven Spielberg et produit par Warner Bros. et Amblin Entertainment, par Vin’s.

Il s’agit de l’adaptation du roman Player One d’Ernest Cline, paru en 2011. Film vu lors de l’avant-première européenne le 22 mars avec l’interview en direct de Steven Spielberg et revu ensuite. Sorti au cinéma le 28 mars 2018.

Ready Player One, difficile en effet d’être passé à côté, même si l’existence du roman vous est inconnue. La campagne marketing mise en place par Warner Bros est colossale, bien qu’étrange et parfois maladroite, comme souvent avec le studio. Mais c’est surtout le nom de Steven Spielberg attaché à la coproduction et à la réalisation qui a fait grand bruit, c’est qu’on attend le retour de Spiely à l’aventure depuis longtemps. Mais est-ce le grand Spielberg des trois Indiana Jones et de Minority Report, ou plutôt celui de Cheval de guerre et du Bon Gros Géant ? À vrai dire, c’est un peu entre les deux…

Tye Sheridan, interprète de Wade Wyatts / Parzival dans sa camionnette, son lieu de refuge où il se rend dans l’OASIS.

Ready Player One est l’adaptation du roman de Ernest Cline, Player One. En 2045, le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. À sa mort, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l’easter egg (« œuf de pâques numérique ») qu’il a pris soin de dissimuler dans l’OASIS, ainsi que le contrôle de sa société. L’appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu’un jeune orphelin, Wade Watts, décide de participer à la chasse au trésor via son avatar Parzival, il devra faire face à la multinationale Innovative Online Industries (IOI) et son PDG, Nolan Sorrento, prêt à tout pour prendre le contrôle du monde virtuel…

Bon le contexte est placé, facile, sachant que l’introduction et la rentrée dans l’univers virtuel mis en scène par Steven Spielberg est efficace ! Même si l’humanité au bord du chaos reste encore à découvrir. J’y reviendrai. Notre réalisateur prend le parti d’installer son personnage principal, Wade « Parzival » Wyatts, archétype classique du héros en devenir et surtout la plus grande star de son film, son univers virtuel : l’OASIS.

Plongez dans le virtuel et laissez-vous jouer…

Tel un enfant découvrant la première fois sa console de jeu vidéo sous le sapin, les yeux écarquillés et le regard brillant et admiratif devant sa télé, on est tout de suite frappé par notre rentrée dans l’OASIS. L’univers virtuel dépeint est magnifique, le réalisateur joue avec la caméra et son placement, profitant de sa virtualité. Les plans redoublent d’ingéniosité, faisant preuve d’un découpage millimétré et d’une maîtrise toujours aussi affutée de la mise scène, véritablement fluide et limpide, malgré les centaines de choses affichées en même temps à l’écran. L’écran, parlons-en, ce film fait partie de que l’on nomme communément « les claques visuelles ». Essayez donc d’en profiter sur l’écran le plus grand possible, voir en 4DX, pour en prendre plein les mirettes !

On sent que le réalisateur a pris beaucoup de plaisir sur le plateau de tournage virtuel, sûrement comme notre enfant gâté au moment de Noël. C’est d’ailleurs votre sensibilité aux mondes de l’imaginaire qui va grandement jouer dans l’appréciation de cette entrée en matière dans l’OASIS. Même si la réalisation mettra tout le monde d’accord sur le talent de notre vieux créateur, qui n’a décidément pas perdu de sa superbe. Visuellement somptueux, disposant d’une 3D relief plutôt chouette, le film est aussi maîtrisé du coté de sa narration. Le talent de conteur de Spiely est toujours présent et on ne s’ennuie pas pendant les 2 heures 20 du film.

Reste que le film raconte l’histoire d’un jeune homme bien réel. Et notre Parzival, bien que sympathique, ne peut vivre son aventure seul. Il pourra compter sur l’aide de plusieurs alliés dans l’OASIS, son meilleur pote Aech (prononcé comme la lettre H en anglais), deux autres copains nommés Sho et Daito mais surtout la belle et mystérieuse Art3mis, rencontrée lors des débuts du film après une course époustouflante que personne n’a jamais terminée. Ladite course est la première d’une série de trois épreuves, qu’il faut réussir pour récupérer trois clés qui mènent à l’easter egg. Au moment de la remise d’une de ces clés, un indice pour la prochaine épreuve vous est également remis, sous forme d’énigme. Le film prend donc la forme d’une quête d’un jeu vidéo pour nos héros qui, effectivement, jouent à un jeu.

Personnages ou avatars ?

Les acteurs, ni très bons ni trop mauvais, campent surtout des personnages caricaturaux aux archétypes bien connus. Le problème principal tient à leur écriture. Certains dialogues maladroits dénotent et renforcent ce côté non développé et parfois incompréhensible du monde réel, allant jusqu’au consternant, ce qui rentre en contradiction avec ce que devrait être le traitement des enjeux.

La caractérisation des personnages est tellement clichée qu’elle en est embarrassante. Wade Wyatts et son avatar Parzival, véritable fanboy de James Halliday, est trop naïf et terne, et il est difficile de s’identifier à ce héros disposant d’une vielle image de geek ignorant la réalité. Art3mis est en revanche bien plus intéressante, elle est le personnage qui éveille Wade à l’amour – on n’y échappe pas – mais aussi et surtout à l’enjeu du film et son impact économique et social, même si c’est très maladroit et raté. Le hic c’est qu’elle est simplement traitée comme le trophée parfait pour le héros. Aech, quant à lui, passe de jeune homme blanc dans le livre à un troll à moitié cyborg dans l’OASIS. Son personnage aurait pu être une réflexion et amener un débat sur la nécessité de se forger sur Internet un alias plus « avenant » que ce que l’on est réellement, par peur d’être exclu ou pour dénoncer la toxicité que peut avoir le média. Malheureusement, le film passe complètement à côté de ce propos et ne le développe absolument pas.

Sho et Daito restent des personnages très secondaires peu ou pas développés, d’origine asiatique. Ils sont donc représentés comme un ninja et un samouraï. No comment. De toute façon, ce ne sont que des sidekicks. Le côté des méchants, lui, souffre encore plus de cette écriture. F’nale ne sert à rien à part suivre les ordres de son patron aveuglement. Nolan Sorento est un cliché vivant du vilain patron capitaliste, arriviste et n’amène pas grand chose au récit. Bref, les personnages sont écrits et traités de manière plus que discutable. Étrange venant d’un film qui a, semble-t’il, peur de dénoncer ou d’émettre une réflexion qui pourrait amener à la discussion. C’est qu’il ne faudrait pas froisser certains spectateurs et rester le plus lisse possible.

La réalisation des scènes en prise de vue réelle est d’ailleurs clairement en dessous des scènes en images de synthèse et en performance capture de l’OASIS, quand elles ne sont pas simplement ratées. Une sorte de deux vitesses qui nuit clairement au film.

Samantha / Art3mis, jouée par Olivia Cooke, face à Wade qui s’apprête à se connecter à l’OASIS.

Jouer n’est pas gagner

Notre groupe de jeunes s’amuse donc plus ou moins dans l’OASIS, sauf Art3mis qui est bien plus sérieuse. Elle a compris que le plus important se jouait pendant cette quête. Nolan Sorento veut effectivement prendre le contrôle du monde virtuel pour y mettre un max de pub… Et oui, ce sont bien les enjeux que le film place. Exit les fameux problèmes du monde réel : crise énergétique, désastre causé par le changement climatique, la famine, la pauvreté, la guerre, etc. Nos héros veulent simplement empêcher un capitaliste arriviste de prendre la main sur leur univers préféré. On comprend via « les centres », des espèces de prison où les gens sont enfermés et doivent jouer pour payer leurs dettes, qu’il y a effectivement quelque chose de louche dans ce futur dystopique. Quid de cette véritable société virtuelle dont toute l’humanité se sert comme exutoire et de son mode de fonctionnement ? Rien ou presque ! Les enjeux et le monde réel sont vraiment traités par dessus la jambe et sont ratés, un véritable gâchis.

Le film nous parle de réalité virtuelle et de pop culture, deux axes principaux et essentiels. Et c’est bien là un des autres problèmes que le film pose, ou justement refuse de poser. Aucune réflexion n’est faite du côté de la réalité virtuelle, et il y avait de quoi. Seul reste un côté très naïf sur la fin. Quand à la pop culture, seules restent les références dissimilées partout pour le bonheur des fans, mais leurs significations sont absentes. En terme de films geek et pour avoir quelque chose à se mettre sur la dent niveau message et propos, il faudra regarder Matrix (1999) pour la VR ou encore Scott Pilgrim (2010) pour la pop culture, films qui avaient compris leur sujet et y apportaient des messages avec intelligence et discernement, et ce, bien avant l’arrivée de Ready Player One aujourd’hui, qui se refuse à le faire.

Le monde de RPO est guidé par la nostalgie, mais ne se sert pas de ses références dans la mesure où elles sont davantage apprises par cœur que réellement appréciées pour ce qu’elles racontent. Elles ne répondent qu’à la culture personnelle de James Halliday, les joueurs de l’OASIS récitent ou jouent avec ces références de manière mécanique, sans comprendre leur signification. Mais Steven Spielberg comprend souvent très bien à quel public il s’adresse. Les plus jeunes d’aujourd’hui appréhendent les reliques et références du passé sans les comprendre et ignorent leur essence, ils n’en comprennent pas réellement la portée. Le grand public en aime les gimmick et trouve ça cool. Tristesse donc. C’est un parti pris, mais en visant le grand et le jeune public à tous prix, il a certainement sacrifié ce qui aurait pu être bien plus réfléchi. Dommage.

Le meilleur choix de Spielberg reste d’avoir évité le piège de l’auto-citation, alors qu’il aurait pu s’en donner à cœur joie. Il a choisi de délibérément les enlever et de réduire le nombre de références à la pop culture pour ne pas venir parasiter son récit. Elles sont ici plus une sorte de bonus, un jeu pour les fans qui s’amuseront à faire des arrêts sur image quand le film sera disponible en vidéo. Sympa. Le film a tout de même une finesse : le degré de lecture du réalisateur sur la vision de sa carrière. Subtile, elle est attachante.

L’autoportrait de Steven Spielberg qui, à 71 ans, se projette à la fois dans le jeune héros enthousiaste et rêveur comme dans le vieux créateur qui s’interroge sur la trace qu’il va laisser et la transmission de son œuvre est très touchante. Ready Player One est un bon film d’aventure superbement réalisé que chacun recevra selon sa sensibilité. Malheureusement, un second visionnage ou un spectateur un peu plus analytique ou réfléchi se rendra compte qu’il ne vaut mieux pas trop gratter à sa surface. Outre l’écriture assez mauvaise, les scènes dans le monde réel qui amènent des incompréhensions, c’est le manque de clarté sur ce futur dystopique qui est le point le plus gênant du film. Reste aussi le manque de réflexion sur la réalité virtuelle ou encore l’absence de propos sur la pop culture qui est dommageable pour un film qui reste avant tout un bon divertissement destiné au grand et jeune public.

Ready Player One

6.5

Vin's

6.0/10

Lear

7.0/10

On a aimé

  • L'OASIS, un univers diablement accrocheur
  • La réalisation de Spielberg
  • Fluide, lisible et bien narré
  • Visuellement superbe

On a moins aimé

  • Manque clairement de profondeur
  • L'écriture, mauvaise
  • Les scènes en prise de vues réelles
  • Le futur dépeint non développé
  • Trés (trop) naïf

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