Critique de Pacific Rim Uprising, réalisé par Steven Deknight, avec John Boyega, Scott Eastwood, Cailee Spaeny, une production Universal Pictures sortie en salle le 21 mars 2018 par Vin’s.

Suite du génial Pacific Rim de Guillermo Del Toro sorti en 2013, la production du film a maintes fois été repoussée et a commencé à inquiéter les fans de la première heure. Surtout quand on a su que Guigui n’était pas rattaché au projet ni à sa réalisation, parti sous de meilleures eaux pour réaliser un projet plus personnel. Sage décision au vu du résultat, il sera récompensé de 4 oscars pour son choix. Les premières images et les différentes bande-annonces n’ont pas su rassurer les fans, toujours inquiets pour cette suite qui a failli ne pas voir le jour, mais peut-être que cela aurait été pour le mieux, explications…

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Même joueur perd encore

Ah Universal Pictures, c’est un peu comme Warner Bros, quels studios ! C’est qu’ils savent nous faire rêver et brosser les fans de leurs licences hein ? Le désastre Transformers au cinéma ? C’est eux ! Un peu comme Warner avec les films DC, c’est à grand renforts de luttes internes, ou de décisions stupides, ou carrément d’interventionnisme dans la vision de leurs réalisateurs-scénaristes ou d’imposition de cahiers des charges monstrueux qu’ils bousillent leurs licences. Ils produisent de plus en plus de produits marketing et de moins en moins de bon blockbusters, et bien évidemment, Pacific Rim Uprising ne fait pas exception, il en est la parfaite illustration.

critique pacific rim uprisingLe premier Pacific Rim a souvent été caricaturé comme étant simplement un film de gros robots qui combattent des gros monstres. À ceux qui pensent ça, je dis revoyez-le. Le film est d’une qualité indéniable, et ce, grâce à son réalisateur. Maîtrisé de bout en bout, le film avait une mise en scène incroyable, fluide, limpide dans ses combats, avec une science et une beauté de l’image qui forcent le respect encore aujourd’hui 5 ans après sa sortie. On croyait en ce qu’on voyait, on vivait réellement le truc, avec ces multiples références à la japanimation ou à la culture asiatique et c’était un vrai bonheur d’enfant et de geek, le plaisir coupable à son paroxysme !

Dès les premières minutes nous étions conquis, avec la présence d’acteurs charismatiques comme Charlie Hunnam et Idris Elba, sous une bande son épique signé Ramin Djawadi. Les combats étaient spectaculaires et maîtrisés, l’histoire prenante, très simple mais bien écrite et disposait d’une narration claire, conduite par son action, moteur du métrage. Vous vous en souvenez bien ? OK, parce que c’est tout le contraire dans cette bouse d’Uprising. Oui c’est violent, mais j’y viens, ça y est.

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Vas-y on s’en balec et on efface tout ? Ou la science de la suite…

Pacific Rim Uprising se déroule dix ans après les évènements du premier film et va suivre le fils du Marshall Pentecost, Jake. Dans ce futur, Pentecost est considéré comme un héros ayant sauvé la Terre en fermant la brèche. Mako, quant à elle, est la chef du Corps de Défense du Pan Pacific, l’organisation qui gère dorénavant les Jaegers. En revanche, Raleigh est aux abonnés absents, évoqué une ou deux fois, il doit être devenu Ermite et a ouvert son dojo sous le signe du crapaud au fin fond du Jura. Bref, on ne sait pas, et visiblement ça ne dérange personne. Toutes les bonnes idées ou bon points du film sont soit écartés, soit souillés dans cette suite, et ça fait mal. Seuls les deux scientifiques du premier film, Newt et Gottlieb, ont été gardés et pas pour le mieux. Vous pouvez pleurer.

D’ailleurs, et exactement à l’inverse du premier, on se rend compte dès les premières minutes qu’il va y avoir un hic. Après un résumé de la fin de Pacific Rim très bref et une mise en contexte tout aussi rapide du gap temporel entre les deux épisodes, on enchaîne très vite sur du John Boyega qui fait la teuf et danse sur du RnB, quand ce n’est pas pour se retrouver avec une gamine de 13 ans qui a construit seule un petit Jaeger dans son garage… La contrefaçon peut commencer ! Oubliez les bons acteurs avec du charisme, une image incroyable ou encore une bande son épique, voici Pacific Rim 2.0 version 2018.

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Le premier nous a bien appris qu’il avait fallu que les gouvernements du monde entier se mettent d’accord et réunissent toutes leurs ressources pour créer les Jaegers, alors construire seul un robot pareil, plus petit certes, mais faisant bien 2 étages, c’est non. Récupérer des pièces ne rend pas la complexité de la chose abordable. La technologie peut certes évoluer en 10 ans, mais pas à ce point. De toute façon Pacific Rim Uprising va continuer dans toute sa durée à se moquer complètement de tout ce que le premier épisode avait installé. On en est au point où l’on peut se demander si les gens derrière cette suite ont vu le film de Guillermo Del Toro, autrement ce n’est pas possible d’accoucher de ça sans être un troll.

On apprend également que tous les Kaiju se sont toujours déplacés vers un point précis, ce qui est faux. Dans le centre d’apprentissage pour pilote de Jaegers, on remarque que ces robots géants se baladent tranquillement, alors que la menace des Kaiju n’existe plus. Sauf que l’on sait que ça coûte extrêmement cher et que, en pleine période de crise et de guerre, les décisionnaires voulaient déjà stopper le programme pour des raisons de coûts. Alors pourquoi dépenser inutilement de l’argent ici ? No comment. L’introduction superbe du premier plaçait le contexte de ce monde apocalyptique en moins de 10 minutes, en MD10 comme dirait notre cher Daniel national. Ici, Uprising ne parvient jamais à construire un contexte cohérent.

CAILEE SPAENY est Amara, JOHN BOYEGA est Jake et SCOTT EASTWOOD est Lambert.

L’abnégation ultime, ou la mémoire sélective

On pourrait se dire que ce n’est qu’en comparaison avec le premier film que Pacific Rim Uprising est mauvais, seulement c’est une suite, la comparaison est donc évidente. De toute façon le problème n’est pas que là. La réalisation et mise en scène proposées par Steven Deknight, bien loin de celle de Guillermo Del Toro, ne sont pas très réussies, sauf peut-être dans la dernière partie, plus généreuse. Les combats sont peu lisibles, et il est difficile de comprendre et de lire tous les mouvements des Jaegers et Kaiju, même si le plaisir de voir des robots géants affronter des monstres est toujours présent, c’est bien un des buts du film qui reste appréciable. Exit aussi la dynamique et la physique réaliste du premier épisode, certains effets et réactions sont à proprement parler ridicules, à vous de gober ou pas. Cependant si c’est non, le film parviendra à être drôle sans le vouloir. L’image, malgré des couleurs chatoyantes, a plus un effet Powers Rangers, et se retrouve finalement terne et sans saveur. D’ailleurs je me demande si ce n’est pas moins beau que le premier niveau effets spéciaux et image de synthèse, à comparer. Le rythme est raté et il est (très) dur de se sentir concerné par les enjeux. Le film parvient finalement très bien, et tout seul, à être mauvais.

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Il faut savoir qu’il a fallu 7 personnes pour écrire cette suite. Et on se demande bien pourquoi. L’écriture est mauvaise et certains dialogues vraiment nuls. La tension, élément réussi du premier épisode, est ici inexistante tout comme l’urgence de l’action. Bref, une vraie foire. Jetpacks qui sortent de nul part, ennemis moitié robots moitié Kaiju ou encore une fusion entre Kaiju qui viendra définitivement balancer le sérieux et la cohérence à la poubelle. Je m’attendais même à la danse de Dragon Ball et au fameux : « Je te préviens, je ne suis pas une ballerine !« , au moins ça aurait été drôle… Le studio cherche trop à installer une nouvelle licence, de manière racoleuse et pas fine du tout. À la manière de ses personnages qui sont là pour draguer un public jeune, ou encore de ses robots aux nombreux accessoires pour vendre des jouets.

Mais le pire, c’est que ça reste sacrément ouvert, la dernière séquence laissant entrevoir une suite. J’ai mal à mon Pacific Rim. Peut-être qu’elle permettrait de faire abstraction de l’épisode Uprising ? Il faut l’espérer. Changer les acteurs à nouveau, car si John Boyega fait ce qu’il peut et n’est pas mauvais, il semble d’avantage se retrouver démuni devant des interlocuteurs mal incarnés et d’une tristesse sans fond, avec un charisme nul. Dommage que son rôle, le seul un peu approfondi, ne soit que souvent un comic relief inutile. Je ne m’attarderai pas sur Scott Eastwood. Si papa a regardé le film, il devrait déjà s’occuper de son cas. Ne reste que la petite, interprétée par Caillee Spaeny, pas mauvaise en soi, seulement héroïne d’un film pourri. Seule une vision au second degré avec une abnégation ultime vous permettra peut-être de lâcher quelques rires, mais c’est tout. Tristesse quand tu nous tiens.

Pacific Rim Uprising est un déchet. Pire, il vient souiller l’héritage de son prédécesseur. Critiqué salement lors de sa sortie, on se rend compte que ce n’était pas si facile que ça à faire. Une bonne leçon pour les haters de Guillermo Del Toro et de son film, même si ça nous fait mal aussi, car c’est nous qui sommes salés aujourd’hui. Pacific Rim Uprising ne ressemble à rien d’autre qu’à son cahier des charges. Une pub pour jouets écrite par des enfants de 10 ans. Les robots et leurs accessoires sont juste parfaits pour s’amuser à les faire se combattre ou pour un jeu de cartes à collectionner, mais ils n’ont rien à faire dans un film insultant pour le public. Le film est clairement à oublier, il est sans âme et sans intérêt. Bref circulez, il n’y a rien à voir !

Pacific Rim Uprising

Pacific Rim Uprising
3

Vin's

3.0 /10

On a aimé

  • Des robots géants...
  • ...contre des gros monstres ^^
  • John Boyega qui fait ce qu'il peut
  • Une bonne série Z ??

On a moins aimé

  • Un doigt d'honneur au premier
  • L'écriture enfantine et catastrophique
  • Produit marketing racoleur
  • Des acteurs pas bons
  • Ciao la cohérence, les références et ce qui rendait le premier film plaisant

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