Critique de Captain Marvel réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck, produit par Marvel Studios, diffusé dans les salles depuis le 6 mars 2019. Critique sans spoiler par Vin’s.

Sans avoir besoin de divulgâcher, le fait que le film affiche clairement ses ambitions féministes n’est pas un mal. La seule chose décidée de ce point de vue est le fait que les réalisateurs aient choisi de ne pas sexualiser Vers ou encore d’exclure une histoire d’amour. Le reste du propos et de la critique sociétale sous-jacente, comme la condescendance des institutions à l’égard des femmes, étant faite avec une « grande » subtilité, cela ne sert pas à grand-chose. Ni les personnages, et encore moins les enjeux ou le scénario se sont servis par ces choix. Exit donc ce qu’on a pu entendre avant sa sortie, il n’y a pas beaucoup d’intérêts si ce n’est une direction marketing pour surfer sur une vague. Revenons-en au cœur du sujet, à savoir le film. Et c’est bien là que le bât blesse.

Le plus marquant est le manque d’ambition générale, qui se voit à l’écran. Cela nuit au métrage. Seul quelques beaux plans et séquences sont à mettre au crédit des équipes techniques et des effets numériques. Après Thor Ragnarok et Black Panther, la différence de traitement est frappante. Il manque un créateur avec un style et une pâte, tel James Gunn pour Les Gardiens de la Galaxie. Le manque de lisibilité dans les combats finaux, alors que ceux du premier acte sont réussis, vient souligner une réalisation plate et sans moment mémorable. La direction artistique assez impersonnelle est tout aussi dommageable. Entre science-fiction, buddy movie, et quête d’identité, le film se permet en plus de ne pas choisir son genre, ce qui lui donne un côté bancal. La quête de Vers, bien que classique dans sa construction, reste cependant assez attrayante pour que l’on veuille connaître la vérité, mais l’effet de surprise reste quelconque aujourd’hui. La faute aussi à un scénario qui manque cruellement d’enjeu en dehors de cette recherche d’identité.

Chariot d’étoiiiles ♪

Vouloir déployer une narration en forme de puzzle mnémonique pour l’héroïne est une bonne idée en soi, seulement le personnage principal manque d’évolution et de progression. Vers finit le film à peu près avec le même état d’esprit qu’à son début, alors même qu’elle a désormais toute connaissance de son origine, et (re)devient Carol Danvers. Cela vient seulement mettre en exergue un personnage un peu trop parfait. Brie Larson est cependant bien dans le ton, avec de légers regards, sourires et mimiques qui donnent un bel attrait à son interprétation. En revanche, le fait qu’elle reste les 3/4 du film les bras tendu le long du corps et poings fermés m’a clairement dérangé, il y a beaucoup de scènes ou cela m’a sorti du film car ce n’est pas justifié…

Point de vue personnages secondaires, Jude Law fait le minimum, et seul Samuel L. Jackson est impeccable. À ce sujet on peut souligner que la technologie de rajeunissement a désormais atteint sa maturité. On oublie très vite le changement pour apprécier le jeu de l’acteur et sa relation avec l’héroïne réussie. Ben Mendelsohn incarne Talos avec brio, surtout compte tenu de la prothèse faciale qu’il porte, et amène souvent les meilleures scènes du film. Quant à Annette Bening, auquel on ne s’attache pas et qui, par manque d’explication ou d’emphase sur son rôle dans le scénario, vient seulement souligner une écriture imparfaite et un développement faible des personnages.

Viser la lune ♫

Un autre manque notable et nuisible au film est l’absence de scène vraiment forte et épique. Un essai est fait, qui viendrait caractériser Carol ou donner un peu d’émotions, mais trop rapide ou pas assez appuyée, cette scène ne marque pas assez les esprits. Une scène comme celle où Wonder Woman sortait de la tranchée aurait été la bienvenue. Le manque d’un thème musical reconnaissable et propre à Captain Marvel est tout aussi dommageable au métrage. Une fois son potentiel maîtrisé, Carol Danvers déploie des pouvoirs impressionnants et l’épique pourrait clairement être au rendez-vous. Cela sera certainement le cas dans Avengers : Endgame, ou bien dans une suite sûrement déjà prévue. Le manque d’ampleur général vient défavoriser le film, car son personnage et son univers – tout comme cette guerre entre les Krees et les Skrulls ainsi que leur civilisation respective – a de quoi donner des choses bien plus intéressantes. Quant aux clins d’œil visuels et musicaux aux années 90, qui brossent les fans de près de 30 ans et plus dans le sens du poil, ils sont sympas mais n’ajoutent pas grand-chose au récit, qui reste centré sur son personnage. Le chat Goose apporte une fraicheur propre à la formule du studio avec des scènes humoristiques amusantes, parfois certes un peu forcées. Néanmoins l’équilibre du film n’en pâti pas, et c’est toujours appréciable.

Pas mauvais, et même divertissant, Captain Marvel a beaucoup trop de manques et d’imperfections pour tirer réellement son épingle du jeu. Le film reste loin du top des meilleurs films du MCU. On espère que le personnage sera traité avec plus d’ambition par la suite, surtout qu’avec de tels pouvoirs, il y aura moyen d’en faire quelque chose de très attractif avec l’univers cosmique de Marvel. Reste un film correct, sans plus, qui permet de découvrir un nouveau personnage avant qu’elle ne devienne essentielle dans les plans du studio pour la suite. À conseiller aux fans.

Captain Marvel

Sans plus
5.5

Vins

5.0/10

Lear

6.0/10

On a aimé

  • Le duo Brie Larson / Samuel L. Jackson
  • Ben Mendelsohn en Talos
  • Goose est amusant

On a moins aimé

  • Manque d'inventivité
  • Manque d'ampleur
  • Manque d'enjeu
  • Manque d'un thème musical
  • Bref, manque de beaucoup de choses, sans compter sur un montage de l'action et une réalisation plate

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