Critique de Venom, réalisé par Ruben Fleischer et produit par Sony Pictures, par Vin’s. Film sorti en salles le 10 octobre 2018.

Après le retour de Spider-Man à la maison Marvel Studios, Sony se retrouve sans tisseur mais toujours avec l’idée d’instaurer un univers partagé autour de lui. Après moult projets depuis les années 90, le film Venom est donc une réalité aujourd’hui. Le film centré sur le vilain et anti-héros pouvait faire rêver, l’exécution n’en reste pas moins quelque peu problématique. Explications…

Je pense que nous avons oublié que sous sommes aujourd’hui, et globalement, plutôt gâté avec les films de super héros. Beaucoup se sont mis à descendre des films tels que Age of Ultron ou Batman V Superman, mais c’est oublier que ce genre nous a également produit des étrons comme Green Lantern, Catwoman ou encore Electra. Et voir Venom aujourd’hui fait mal, car l’apprécier c’est oublier tous ce qui a été fait de bien ces 10 dernières années pour le genre. Venom serait un film sorti en 2002 que cela ne nous choquerait pas, car tout dans le film vient nous rappeler le gâchis que l’on peut faire d’un matériau de base riche et apprécié. L’oubli, c’est bien le premier mot qui me vient à l’esprit quand je dois parler du premier né de ce nouvel univers, l’envie de l’oublier.

Un loser selon le film

C’est dans les vieux pots

Bon déjà, un univers Spider-Man sans Spider-Man, honnêtement no comment, je ne sais toujours pas comment une idée aussi absurde peut germer dans les têtes des grandes pontes des studios. Mais on y est, un univers composé uniquement de vilains, on pourrait se dire : « Pourquoi pas ». Alors voyons ce qu’ils nous ont concocté. Et bien je n’ai pas été dessus, j’ai rarement vu une écriture aussi absurde et flemmarde. Du coup, premier constat, le même qu’après Suicide Squad : les studios ne savent pas faire sans un héros. Et comme il leur en faut un pour leur univers, ce sera Venom. On a donc un méchant qui devient gentil sans nulles autres explications en plein milieu du film qu’un « Parce que j’t’aime bien Eddie » sorti de nul part après que rien ne se soit passé de précis entre eux deux…

Un bisous ?

Le marketing nous apprend sur l’affiche que « le monde a assez de super-héros » et les trailers nous vendent « un anti-héros ». Mais comment veux-tu alors qu’Eddie nous est présenté de base comme un journaliste vidéo droit et profondément honnête s’attaquant à une multinationale aux pratiques immondes. Le côté loser mis en avant dans le film n’apparaît même pas, et on est pas alcoolique en buvant deux bières. Eddie Brock est bien un journaliste déchu qui perd son travail (c’est dans les bande-annonces) mais absolument rien n’est fait pour coller ne serait-ce qu’un minimum à ce qui fait l’intérêt du personnage.

La relation centrale entre Eddie et son symbiote ne fonctionne pas. Le symbiote se veut même le coach expert en séduction de Eddie façon Hitch ! WTF mais d’où ? Et comment ? Il connait les codes des relations humaines peut-être ? Mais surtout, qu’est-ce qu’il en à faire ? Ça n’a vraiment pas de sens, à aucun moment. Tout est fait pour être une blague, comme le film. Certaines scènes en deviennent carrément gênantes. Dans la construction de son personnage, Eddie Brock est simplement un bon gars qui tombe sur un pouvoir et s’en sert pour faire le bien, alors le vilain et l’anti-héros je le cherche toujours.

Allo ? Oui en fait mon rôle est en carton, qu’est-ce que fais là ?

Carnage d’une histoire

Damn ça pique ! Alors oui, d’un point de vue design il ressemble bien à Venom, mais intellectuellement et dans l’écriture c’est une incompréhension totale de ce que sont Eddie Brock et son symbiote. On sait bien que Tom Hardy n’est pas un mauvais acteur, mais là il ne fait pas grand-chose d’autre que gesticuler et faire des grimaces dans tous les sens. Cela donne un côté Jim Carrey dans des scènes de comédie pures, détonantes avec le film qui veut être « dark » car il essaye bien maladroitement de distiller aussi quelques moments d’horreur ou d’angoisse. On se prend à rêver d’une sorte de fou d’Irène avec un alien un peu beauf. D’ailleurs, si cela était assumé pleinement, cela aurait pu donner quelque chose d’intéressant et d’original. Mais quand le fait de manger une tête d’humain est une blague pour des personnages apparemment normaux… On en est là dans la débilité et le non-sens.

Pour info, dans les comics, Eddie Brock n’a pas un bon fond. C’est la haine des deux personnages cumulés qui a créé Venom, car le symbiote à aussi une haine envers Spider-Man qui l’a délaissé. Mais bref, l’absence de Spider-Man n’est pas un problème en soi, c’est ce que le film en fait. Les producteurs Avi Arad et Amy Pascal derrière le film ont bien lu certains comics comme lethal protector, cela se sent, mais ils ne gardent que ce qui les arrangent. Le résultat est donc bancal mais pas seulement, puisqu’il chute constamment. C’est un film de forceurs et cela se voit. Le problème n’est pas qu’il ne soit pas fidèle, mais qu’il soit incohérent et fainéant.

Par exemple, même s’il est poussif car trop long en exposition alors qu’il ne se passe pas grand-chose, le début du film insiste sur les règles d’association des symbiotes, mais elles finissent par disparaitre totalement. Et le méchant, interprété par Riz Ahmed n’a même pas d’âme face caméra et ne comprends rien à ce qui se passe, outre le stéréotype du visionnaire agissant « pour le bien de l’humanité », cela fait plutôt pitié. Riot n’a pas compris que son plan était débile, enfin si on suit les règles pré-établies. Michelle Williams semble ne pas savoir ce qu’elle fout là, et les autres rôles secondaires sont transparents. Cela me fait plus de peine pour la carrière de ces bons acteurs, surtout quand on sait que Hardy a signé pour plusieurs films…

On ne comprends pas plus ce qui se passe en mouvement

Tout le film tient en TGCM* formidables parce que le scénariste n’a pas d’idée, des personnages sortent du métrage sans explication ou arrivent comme par hasard et sont là au bon moment, la police n’existe que quand cela l’arrange, les dialogues sont d’un niveau très faible avec des répliques hors-contextes et c’est sans compter le manque de réaction générale des personnages secondaires, un vrai non-sens. Une paresse à tous les niveaux, le niveau zéro de l’écriture. Une caricature de caricature.

La fin arrive soudainement pour nous donner le famoso combat de boss final qui vient conclure le tout. Mais cette scène ne viendra même pas vous régaler visuellement car elle donne dans une bataille numérique bordélique ou l’on ne comprend pas vraiment ce qui se passe, mis à part quelques échanges de coups sympa la précédant. La scène post-générique ouvre donc sur une suite, mais cette scène se permet également d’être ridicule, la faute à une perruque très moche. Le débat du PG-13 ou du Rated-R n’a pas lieu d’être car sa classification ne changerait en rien un film qui se fiche à ce point de ce qu’il raconte, plus de violence et de sang ne donnerait pas plus de matières à son histoire et à ses personnages. La réalisation est de plus quelconque et rien ne sort véritablement du lot, la faute à un terrible manque d’originalité. C’est dommage, mais tout dans le film est vu et revu, mis à part ce potentiel comique de Venom.

Mais qu’est-ce que donc Venom ? Un film de super-vilain ? Une origin story de héros ? Une buddy comedy noire et étrange ? Et bien Sony à essayer d’en faire tout ça à la fois, une sorte de nouveau Spider-Man, plus sombre. Pour construire son univers, il lui fallait bien une figure connue du public, ils ont donc voulu enlever le côté méchant du personnage pour en faire le nouveau Venom sympa du quartier à la place de Spider-Man, blagueur tout comme lui mais un peu glauque. À l’image de cette dernière scène dans l’épicerie, c’est grotesque. Du déjà-vu avec une écriture catastrophique ? Génial, on signe où ? Le film n’est pas insuffisant, il est simplement mauvais et crache sur toutes les évolutions que le genre super-héroïque a pu apporter. Un film moyen de 2002 que l’on apprécie à l’âge de 15 ans, mais en 2018 ça fait mal !

*(Ta Gueule C’est Magique)

Venom

mauvais
Venom
3

Vin's

3.0 /10

On a aimé

  • Le design fidèle
  • Tom Hardy y croit

On a moins aimé

  • Une écriture absurde
  • Des TGCM et incohérences en veux-tu en voilà
  • Un méchant d'un autre temps
  • Les autres acteurs perdus...
  • ...et nous aussi !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Écrire votre commentaire !
Veuillez entrer votre nom